LE RETABLE de NIEDERNAI
La Légende Dorée de Jacques de Voragine
ST JEAN En chêne, hauteur 40,2 cm.
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Au musée de l’Oeuvre Notre Dame à Strasbourg se trouve une vitrine renfermant 13 statuettes avec la mention dépôt d’une famille noble “. Cette famille est bien connue puisque ce retable est surtout connu sous le nom de Retable de Niedernai. M. Victor Beyer, Conservateur des Musées de Strasbourg, nous en donne la description. L’ensemble date des alentours de 1430 . Ce sont des statuettes de bois peint et doré. Il s’agit des douze apôtres debout sur des socles individuels et d’une Ste Marie Madeleine ravie au ciel par les Anges. Ces figurines ornaient certainement, à l’origine, un petit retable d’église ou de chapelle. La question se pose dans quel sanctuaire se trouvait ce retable. St Maximin, avant de devenir évêque de Trêves, fut celui d’Aix en Provence. Selon la légende, il accompagna Ste Marie Madeleine d’Orient en ce pays. On peut donc facilement supposer que ce retable ait été commandé pour illustrer la vie de St Maximin et qu’il se trouvait à Feldkirch. L’étude de cet ensemble nous fournit l’occasion d’envisager ce moment de l’évolution de l’art alsacien dégagé à peine du style international des environs de 1400 où se confondaient les influences de la France des Valois, de la Bohème, de l’Italie.
MARIE MADELEINE RAVIE AU CIEL PAR LES ANGES En chêne, hauteur 47,5 cm. Marie Madeleine est représentée jeune, en opposition avec Marie l’Egyptienne mains jointes, vêtue de sa seule et longue chevelure qui porte jusqu’à ses pieds nus à la manière d’une tunique. Six angelots, les ailes à demi- déployées, la supportent. Ils sont censés voler dans l’azur, car leurs vêtements flottent et pendent aux extrémités. C’est du moins le cas pour les angelots qui prennent la Sainte aux pieds, les autres ne se dégageant du bloc qu’à mi-corps. Le visage de Marie Madeleine est gracieux, et sur ce point, l’égal des meilleurs ouvrages alsaciens de ce temps. Le ravissement de Marie Madeleine par les anges est inspiré par la Légende Dorée de Jacques de Voragine (1228 - 1298) ( 1 ) qui identifie avec elle Marie Madeleine, sœur de Marthe et Lazare, à laquelle apparaît le Christ Jardinier à sa résurrection, Marie de Magdala et Marie la Pécheresse. Une tradition légendaire la fait débarquer à Marseille, séjourner à Ste Baume dans la repentance et mourir à Vezelay. La figuration de Marie Madeleine revêtue de sa chevelure est due à la contamination de Marie l’Egyptienne, autre prostituée repentie, que sa chevelure recouvrit pendant sa retraite dans le désert. La Légende Dorée raconte que, retirée sur une montagne escarpée pour s’y consacrer à la méditation, Ste Marie Madeleine y demeura trente années et chaque jour, des anges l’emportaient au ciel et elle entendait les concerts glorieux des légions célestes.
Arrière non travaillé, cavité de fixation au sommet du crâne et dans le dos. Fortement hanché à droite, le genou gauche saillant un peu, l’apôtre porte, par- dessus la tunique qui s’écrase sur le socle, un grand manteau lui recouvrant la tête. Partant de la tempe droite, les plis du manteau tendent de grandes obliques vers le pied gauche. De la main droite qui supporte un livre, il en saisit un grand pan à hauteur de la hanche. La gauche se détache du manteau et devait tenir un objet à la verticale. Cet objet pourrait être une lance, une bourse ou mieux une hache. Le manteau et une grande barbe aux mèches symétriques lui cernent le visage dont la charpente osseuse est fortement marquée. Deux courtes mèches au sommet du front répètent le mouvement des moustaches.
ST BARTHÉLEMY En chêne, hauteur 39,7 cm.
Arrière non travaillé, cavité de fixation au sommet du crâne, cheville brisée dans le dos. Coutelas brisé au point de fixation de la lame au manche, main gauche surmoulée. Vêtu d’une longue tunique écrasée sur les pieds et blousant à la taille. Sur l’épaule droite est jetée une mante légère à 2 pans retombant sur le côté et à laquelle est fixée une masse chevelue faisant penser à un scalp ( patron des fourreurs, corroyeurs et peaussiers ) Il fut dépecé avec le coutelas qu’il tient dans la main droite. Il est campé, devant la poitrine, tenait-il un livre ? Visage expressif au front ridé pris dans une barbe courte et fournie, ombragé par chevelure tonsurée foisonnante et drue, moustaches.
ST MATHIEU En chêne, hauteur 39,7 cm.
ST PIERRE En chêne, hauteur 40,5 cm. Arrière non travaillé, cavité de fixation au sommet du crâne, cheville brisée dans le dos. Personnage hanché à droite, genou gauche saillant, équilibrant sa masse par la chute du manteau pardessus la main droite qui tient une clef dressée vers le haut. De la droite, il saisit un pan du vêtement accentuant ainsi le tracé des plis obliques vers la gauche, direction qu’observent aussi les plis du manteau sur le buste, au-dessus de la grande poche développée à hauteur des hanches. La tunique apparait à gauche étroitement ajustée sur la poitrine dans l’écart du manteau. Tête inclinée à droite,répondant à l’avancée du pied gauche. Visage à barbe carrée, bouclée, les cheveux en couronne interrompue sur le front que parent 2 boucles isolées. Le crâne est tonsuré. Assez belle expression du visage, rendu mobile par un froncement à la racine du nez. La statuette semble avoir une position spéciale en bordure du groupe. ST ANDRÉ En chêne, hauteur 40 cm. Arrière non travaillé, cavité de fixation dans le dos. Hanché à gauche, l’apôtre s’appuie à droite sur la croix en sautoir dont seuls les croisillons antérieurs apparaissent. Recouverte par un grand manteau drapé dont il saisit un large pan, de la droite, la tunique n’est visible qu’en dessous du genou. De la gauche appliquée sur la hanche, il tient un livre à fermoirs, redressé de biais. Il porte les pieds nus. L’orientation des plis dans le sens indiqué par les deux croisillons qui s’opposent, entre deux chutes dont l’une à droite est en surplomb, l’autre à gauche se répand jusqu’à terre. Le visage est beau, serein, le front large, une barbe bifide et bouclée que rejoint la moustache, les masses pareillement bouclées de la chevelure l’environnent. Il porte la tonsure. ST SIMON En chêne, hauteur 40,6 cm. Arrière non travaillé, 2 cavités de fixation dans le dos. Un attribut manque dans la main gauche. Personnage campé de trois-quart à gauche, le genou droit saillant un peu. Il porte une longue tunique sous laquelle parait la pointe des pieds nus. Boutonné sur les épaules, un grand manteau le drape, laissant apercevoir la tunique sur le devant, en-dessous de la taille. De la main gauche, il tenait un objet verticalement, une lance peut-être, plus probablement une scie. De la droite, à même hauteur, c’est à dire à la taille, il tient un rouleau de parchemin à moitié déroulé sur son avant-bras gauche. Le vieillard a le front dégarni, les cheveux ondulés sur la nuque; il porte une longue barbe étalée et des moustaches. ST JUDE THADDEE En chêne, hauteur 38,5 cm. Arrière non travaillé, cavité de fixation au sommet du crâne, cheville dans le dos. Hanché fortement à droite, l’apôtre apparaît les épaules couvertes d’un ample manteau dégageant la taille mais masquant le torse par une superposition de plis en poches triangulaires que délimitent sur les côtés deux abondantes chutes de plis.. De la main droite, il tient une massue dressée, de l’autre, un pan de manteau. Ses pieds sont chaussés. Le visage épais est entouré de mèches faiblement ondulées, prises en masse des cheveux, de la barbe carrée et des moustaches. ST THOMAS En chêne, hauteur 37,2 cm. Arrière non travaillé, cheville dans le dos, médius de la main dédoublé par chevauchement ( sans doute à la restauration ) L’apôtre est hanché à gauche, le manteau boutonné sur la poitrine laisse apercevoir un peu de la tunique au-dessus de la ceinture et sur les pieds nus. Le pan droit est repris en avant et drape le torse comme un tablier chargé de lourds plis triangulaires. De la main droite, il tient une équerre appuyée sur le sol, de la gauche, voilée par une chute de draperie, un livre à fermoirs. Tête de vieillard encadrée par une chevelure à deux pans à peine ondulée, deux courtes mèches sur le front, et une barbe de même aspect, à terminaison bifide, que vient augmenter la moustache fournie.
Arrière non travaillé sur une étroite bande. Cavité de fixation au sommet du crâne, cheville dans le dos. Aigle détaché de son support. Du calice, seul le pied est demeuré. Campé à droite, mais faiblement hanché, le genou gauche saillant, l’apôtre est drapé d’un manteau assez ajusté au buste, d’un développement plus important à la hauteur du bassin et des jambes : 3 grandes poches superposées et organisées selon le hanchement, bordées à droite par une chute, à gauche par le saillant du genou. Les bras pris en écharpe par le manteau il tient des 2 mains, à gauche devant lui, un livre à fermoirs, sur le plat duquel est posé un aigle ( pareil à une colombe qui aurait un bec arqué ) et, près du bord, le pied d’un calice disparu d’où émergeait sans doute le serpent. Le visage est jeune, comme il se doit, charmant, couronné d’une chevelure bouclée, s’écartant sur le front et tonsurée. Pieds chaussés. ST JACQUES LE MAJEUR En chêne, hauteur 39,5 cm. Arrière non travaillé, cavité de fixation dans le dos. L’apôtre est vêtu en pèlerin, un chapeau à larges bords, la tunique serrée à la taille est parcourue de longs plis verticaux arqués vers la gauche. De la gauche il s’appuie sur un grand bâton de pèlerin à 3 boutons superposés ( le dernier formant pommeau ) et de la droite qui en saisit un pan, il ouvre le manteau dont ses épaules sont couvertes. Les pieds sont chaussés. Il présente un visage un peu inquiet, incliné à droite, envahi par une longue barbe bifide et torsadée qu’élargit encore la moustache. ST JACQUES LE MINEUR En chêne, hauteur 38,1 cm. Arrière non travaillé, cavité de fixation au sommet du crâne, cheville dans le dos. Seul l’extrémité recourbée du bâton de foulon est conservée et fixée à un clou. L’apôtre se tient hanché à gauche, couvert, sur la tunique à manches, d’un manteau qui passe sous les aisselles, développe le long de la jambe droite une superposition de poches, de plis en boucles et sur la gauche, une longue chute festonnée. De la gauche qui maintient sur la hanche les 2 pans de ce manteau, il tient un livre ouvert, tandis que, portée en avant, la main droite devait tenir l’extrémité du bâton de foulon avec lequel il fut assommé et dont le bout arqué est fixé par un clou sur la dernière boucle de plis tombant à sa droite. Chevelure courte sur le front, plus épaisse sur les côtés, barbe fournie et frisottée augmentée de la moustache. ST PHILIPPE En chêne, hauteur 37,9 cm. Arrière non travaille, cavité de fixation au sommet du crâne, cheville ainsi qu’un gros nœud de bois évidé dans le dos. Personnage replet, vêtu d’une tunique coupée droit aux chevilles et d’un manteau couvrant les épaules et la partie médiane du corps. De la droite, dissimulée sous un pan de manteau qui forme ne chute sur le côté, il tient un livre, tranche en haut, tandis que de la gauche, il maintient une croix triomphale aux croisillons limités par des boules au sommet d’une longue hampe. Son visage est carré, pris dans la masse de la barbe ondulée à terminaisons bouclées et des mèches courtes de la chevelure tonsurée, une mèche sur le front. Il a les pieds nus. ST MATHIAS En chêne, hauteur 39,5 cm. Arrière non travaillé, cavité de fixation au sommet du crâne, cheville dans le dos. L’apôtre est fortement hanché à droite, le genou gauche saillant. Découvrant la tunique, ajustée sur la poitrine, à droite et sur le bras, ainsi que sa retombée sur le pied gauche, un manteau passé sur l’épaule gauche vient lui draper le torse, repris sous le bras du côté opposé. Un pan de ce vêtement recouvre le bras gauche, il tient, dressée, la hache du supplice. Le drapé organise un système de plis obliques opposés et une superposition de poches triangulaires du bassin au pied droit. Visage étroitement entouré par la chevelure drue et bouclée, la barbe fournie et la moustache très dessinée qui vient l’augmenter encore.
Ces statuettes portent dans le dos des traits parallèles peints en noir, en nombre variable, et qui sont certainement des numéros d’ordre, des marques de positions dans la série du retable. Ils sont en majeure partie suivis d’un chiffre inscrit au crayon. Ces indications ne sont pourtant pas d’un grand secours, car elles sont incomplètes et parfois recouvertes par la préparation ou par la dorure modernes. Cela étant, quelle pouvait être la disposition de ce retable et l’ordonnance de ces statues dans son cadre. Les petits trous coniques, dont presque tous les crânes sont percés, servaient plutôt à la fixation des auréoles qu’à celle des statues.
Les photos du Retable ont été mises à ma disposition en avril 2018 pour publication par : Musées de Strasbourg - M. Bertola.