François Joseph REIBEL
Né à Niedernai le 4 mai 1809, fils de François Joseph Reibel et de Uhlmann Marie Barbe. François était un gaillard de deux mètres qui chaussait du quarante-six. Pour l’époque, un géant qu’on aurait pu exhiber dans les foires, à moins qu’il n’ait gagné quelques centimètres et quelques pointures au fil des récits successifs propagés dans les générations suivantes. Son père avait le même prénom. Un prénom à la mode en Alsace à l’époque comme en témoigne François Joseph Lefebvre, maréchal d’Empire, marié à Mme Sans-Gêne, faits duc et duchesse de Dantzig par Napoléon. Par commodité, comme le père se faisait communément appeler Joseph, on appelait le fiston François. Pourquoi donc François, ce fils de cultivateur, quitta-t-il son village et l’Alsace à pied pour se rendre à Paris au début des années 1830 ? Était-ce lié aux évènements de cette année, au bouillonnement social et politique qui s’ensuivit et à l’attractivité de Paris en pleine industrialisation ? Était-ce une conséquence de l’épidémie de choléra qui tua un Parisien sur quarante en avril 1832 ? Attirait-on sur la capitale en pleine croissance démographique certains corps de métier en nombre insuffisant ? Les grandes villes faisaient-elles rêver les jeunes ? Impossible de trancher quand plus de deux cents ans ont passé, la cause exacte s’est dissoute dans l’océan de l’oubli. Toujours est-il qu’après avoir appris et exercé son métier de commis boulanger à Niedernai, des archives attestent que François trouve une place grâce à Julien Fidèle Viaud, préposé au placement des garçons boulangers à Paris, qu’il s’installe à Montmartre il épouse, le 21 septembre 1833, Caget Augustine, une voisine culottière. Devenu veuf, il s’installe à Vaugirard il se remarie avec Jolivet Marguerite Angélique. Vaugirard est alors une des 11 communes limitrophes qui intégreront Paris en 1860.
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Sa jeune sœur rejoint François Reibel puis épouse un homme du Sud-Ouest, un Fournol. Veuf à nouveau, Il s’installe dans le Xie arrondissement comme restaurateur et marchand de vin. A plus de cinquante ans, il épouse en troisièmes noces, le 9 septembre 1862, son employée de maison, Marie Bouchaudy (1839 1883), une Auvergnate de vingt-trois ans avec laquelle il aura deux filles. Elle avait gagné Paris à la fin des années 1850 après des querelles d’héritage et une brouille familiale. Impressionnant par sa carrure apparemment démesurée, gros, large, rouquin, François Reibel porte l’accent haut et fort. Clients et amis le trouvent généreux, franc et chaleureux. Le travail ne lui fait pas peur et le commerce marche bien. C’est l’époque les horaires fixes remplacent le temps poreux du travail d’autrefois, l’amélioration de la productivité et la limitation du temps de travail ouvrent des plages de loisirs, les cabarets et autres lieux de divertissement se lancent. Pragmatique, François Reibel s’occupe du temps libre des ouvriers. Autour de son fief de la rue Gambey, une voie courte et étroite proche d’Oberkampf, s’organise un petit monde sur lequel François veille comme un patriarche. Avec Marie Bouchaudy, ils vivent au 10 de la rue Gambey, naît Marguerite en 1863 ; puis, ils s’installent au n° 12. Au cours des années 1870 s’installent au 6 de la rue Gambey le jeune Charles Lechopié, orphelin de père, et sa mère. Il ne peut ignorer Marguerite Reibel, la jeune voisine au franc-parler qui sert avec sa sœur Claudia au restaurant du père François. L’année de ses 27 ans, Charles est poussé par le vieux Reibel : « Epouse ma fille, elle a une belle dot ». Si l’argument convainc sa mère, Charles n’y est pas sensible. Mais, après un temps de réflexion, il finit par consentir à cette union. Marguerite n’a que 16 ans, ils doivent patienter un peu. Elle déploie tous ses charmes, il se prend de passion, l’amour les transforme. L’année suivante, en 1880, Charles épouse Marguerite. En 1904, à 52 ans, Charles est emporté par une cirrhose du foie. Sa femme l’avait presque oublié. Pas ses filles. Marguerite se met alors en ménage avec son mitron Jobert. Ses filles s’esquivent au plus vite. Le tandem Marguerite Jobert tient cuisine à Suresnes pendant des années, jusqu’à la mort de Jobert. En 1923, Marguerite épouse Jean Baptiste Parizot, un riche propriétaire-cultivateur bourguignon. Elle connaît donc trois ménages successifs comme son père François. Veuve une dernière fois, Marguerite s’installe chez Charlotte, l’une de ses deux filles à Erquelinnes, commune frontalière belge. Aux visiteurs, elle lâche : « Si c’est pas malheureux de finir sa vie chez celle qu’on aime le moins … » Chaque mois, Marguerite, en cachette et par l’entremise du facteur, renvoie à sa fille Louise la pension qu’elle perçoit. Avec beaucoup d’aplomb, elle explique à Charlotte et à son mari qu’elle met l’argent de côté à leur intention dans une enveloppe qu’elle brandit bien haut et qu’ils ouvriront après sa mort. Lorsqu’elle meurt, Charlotte et son mari ouvrent l’enveloppe et en tirent un bout de papier sur lequel est écrit : « Je vous ai bien eus ! ».