FOND DE CABANE NÉOLITHIQUE A CÉRAMIQUE POINÇONNÉE DE NIEDERNAI
Source : Stieber Arthur. Stations néolithiques d'Alsace. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1956, tome 53, N. 11-12. pp.750-758. doi : 10.3406/bspf.1956.3406 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1956_num_53_11_3406
FOUILLE de SAUVETAGE d’un NOUVEL HABITAT NÉOLITHIQUE et PROTOHISTORIQUE à NIEDERNAI - 1986
source : texte de Christian Jeunesse, Jean Sainty, Olivier Simonin - paru dans Sté d’Histoire et d’Archéologie de Dambach la Ville, Barr, Obernai éd. 1987
Niedernai, un village situé à 22 km. au Sud-Ouest de Strasbourg, dans le département du Bas-Rhin, arrondissement d'Erstein, canton d'Obernai. Il est traversé d'Ouest en Est par le ruisseau appelé Ehn qui alimentait autrefois les fosses médiévales de ses fortifications. Des trouvailles de différentes époques ont été signalées à Niedernai : des tombes mérovingiennes, des chemins, et bâtiments romains, des tumuli pré-romains, une hache de pierre et une sépulture néolithique du type poinçonné. Au début de l'année 1954 M. Riffel, maitre-tailleur à Niedernai, faisait creuser une cave pour sa nouvelle maison d'habitation. En passant le 9 mai 1954 sur les lieux, j'ai constaté la présence d'un fond de cabane néolithique poinçonné couvrant toute la surface à construire. D'après le cadastre non modifié de 1895, ce fond de cabane néolithique se trouve à Niedernai sur la section 22, au lieu dit Gross Breitel sur les parcelles 19 et 20, à environ 50 m. au Nord-Ouest de l'aboutissement de la route venant de Meistratzheim dans celle allant de Entzheim à Niedernai et 15 m. à l'Ouest de cette dernière (coordonnées Soldner + 9535 m. Est + 73730 m. Nord de Sausheim). La stratigraphie relevée à l'endroit du fond de cabane est la suivante : - en bas, à 10 m. de profondeur, l'on rencontre la nappe phréatique, on a de la terre lettique peu ou pas calcaire de couleur gris-jaune bariolée bleu-verdâtre. - entre 10 m. et 6 m.65 de profondeur se trouve une couche de sable terreux à mica, non calcaire, de graviers et de galets de l'Ehn, de couleurs rose et ocre dominantes. - entre 6 m.65 et 6 m. de profondeur se trouve logée une nouvelle couche de terre lettique à mica de couleur brune, peu ou pas carbonatée. - entre 6 m. et 1 m. environ de profondeur, on a du lœss jaune calcaire. Entre 1 m. environ de profondeur et la surface du sol, on a en bas la couche néolithique de terre brune noirâtre loessifere calcaire de plusieurs dm. d'épaisseur que surmonte une terre brune calcaire loessifere de 5 a 8 dm. d'épaisseur. Le fonds de cabane a plus de 9 m 90 dans la direction Ouest-Est et plus de 7 m. 30 du Nord au Sud; sa base descend à plus de 1 m. sous le niveau du sol actuel. De la couche néolithique j'ai pu retirer un grand nombre d'objets. Comme objets lithiques, j'ai trouvé plusieurs morceaux de grès jaune-grisâtre et rouge, dont un broyeur en grès rouge et un fragment de meule (Fig. 3,1) en grès rose dont l'envers rugueux porte des traces d'ocre rouge dans les cavités, un silex à patine blanche (Fig. 3, 2), deux morceaux usés d'ocre rouge ayant 3,26 de densité, un éclat de pierre siliceuse noirâtre (Fig. 3, 4) de densité 2,48, un broyeur-percute (Fig. r3, 5 ) en pierre rugueuse gris-bleu-verdâtre de 2,77 de densité et plusieurs cailloux roulés portant des concrétions calcaires. La poterie est fine ou grossière. La poterie fine, de couleur généralement noire, rarement brun-beige, est souvent ornée (Fig. 3, 6 à 15) à l'aide d'un poinçon ou de traits incisés. Quelquefois cette poterie porte à la panse carénée des mamelons qui peuvent être perforés (Fig. 3, 9). Le fond des vases est en forme de calotte ou porte un pied.
3 - LES STRUCTURES Seuls les 144 m2 de la fosse de pesage ont pu être étudiés dans des conditions satisfaisantes; mais il faut préciser que l’emplacement de cette structure est le seul endroit le site proprement dit a été véritablement perturbé, puisque la fondation du silo proprement dit n’a affecté que le cours de l’ancien chenal et les accumulations d’alluvions correspondantes. Le décapage de la fosse de pesage a livré quatre structures distinctes dont aucune n’a pu être étudiée intégralement; rappelons à ce propos que l’intervention se déroulait dans le cadre d’un sauvetage urgent et n’avait pour objectif que l’étude des seules surfaces directement menacées par les travaux. Ainsi, seules les parties situées dans l’emprise de la fosse ont été fouillées. Pour trois structures ( épargnées par le décapage ), les observations se sont limitées au fond et à la stratigraphie formée par les parois de la fosse de pesage; une structure ( la quatrième ), par contre, a pu être fouillée exhaustivement sur 21 m2, ce qui représente environ la moitié de ce qui a été détruit par les travaux. Les données stratigraphiques ont permis d’observer sur les parois de la fosse la succession suivante : - sur les 70 premiers cm, graviers rapportés étalés après décapage de la terre arable; - 70 à 150 cm, lehm brun rouge; - 150 à base, loess jaune. Dans toutes les structures, une répartition aléatoire du mobilier fait pencher en faveur d’une origine détritique. Cette interprétation est confortée par la nature composite de ce mobilier qui comporte notamment des déchets domestiques ( faune ) et par la superposition des objets pris individuellement : ils sont fréquemment verticaux ou obliques, comme s’ils avaient été jetés dans la terre molle. Elle expliquerait l’état des vestiges retrouvés : outils en os ou en pierre pour la plupart brisés, tessons de poterie présentant rarement des raccords et ne permettant en tout cas aucun remontage de vase complet. Si on peut difficilement statuer sur la fonction primaire des structures, il est donc impossible du moins de montrer qu’elles ont servi en utilisation secondaire comme fosse à détritus. 4 - LE MOBILIER Il se répartit en cinq lots bien distincts : les quatre premiers correspondent aux structures décrites ci-dessus, le cinquième aux éléments hors stratigraphie recueillis sur les tas de déblais provenant du creusement de la fondation du silo. Le mobilier a été regroupé par structures. Le mobilier hors stratigraphie : Néolithique ancien uniquement pour ces objets qui proviennent des alluvions du chenal fossile. Leur bon état de conservation ( bords nets, non roulés ) indique peut-être que le chenal constituait un bras mort au moment de leur dépôt. Pour les quatre structures, l’essentiel appartient aux étapes récente, moyenne et finale de la culture à céramique linéaire. Bien que les étapes ancienne et moyenne ne soient pas absentes dans l’une des quatre structures, s’y ajoutent quelques éléments intrusifs attribuables à la culture de Michelsberg d’une part, et aux Ages des Métaux d’autre part. On remarquera que les structures sont loin d’être des ensembles clos. 4.1 - L’OUTILLAGE LITHIQUE Composé pour l’essentiel de fragments, il se répartit en 7 pièces en silex, 1 broyeur sur galet de quartzite, 7 morceaux d’herminettes en roche dure polie, 1 ébauche d’herminette en roche dure et 50 fragments d’instruments en grès ( meules, molettes et polissoirs ). A deux exceptions près, toutes ces pièces proviennent d’une seule structure, ce qui pose évidemment le problème de leur attribution culturelle, dans la mesure où, on la vu, cette fosse a livré, à côté d’un lot très important de céramique rubanée quelques tessons attribuables au Néolithique récent. L’outillage en grès est très abondant : une cinquantaine de pièces façonnées sur un large éventail de variétés de cette roche. Il est composé pour l’essentiel de fragments de meules et/ou molettes qui se distinguent par une matière première résistante et grossière et par la forme. Quelques pièces se séparent nettement du lot : façonnées sur des blocs de grès fin à très fin, elles n’ont à l’évidence pas pu être utilisées pour la mouture des céréales. En général, on les interprète comme des polissoirs destinés à la finition des herminettes en roche dure et de certains outils en os. Le problème de l’attribution culturelle des objets en grès se pose dans les mêmes termes que pour les autres catégories de mobilier non-céramique : dans la mesure ils proviennent tous des structures chronologiquement non homogènes que constituent le chenal et la fosse, il est impossible de les attribuer avec certitude à l’une ou l’autre des périodes représentées. Mais, dans la mesure l’écrasante majorité de la céramique recueillie ( plus de 95 % des tessons ) appartient à la culture à céramique linéaire, il serait étonnant qu’il n’en aille pas de même pour le reste du mobilier. Cette proposition n’est en tout cas pas contredite par la typologie des instruments en grès du corpus, qui est en totale conformité avec ce que l’on trouve habituellement en contexte danubien. Ce qui, dans cette hypothèse, serait par contre inhabituel c’est la quantité de pièces en grès découvertes à Niedernai. On peut envisager, bien que seule une exploration sur une plus grande surface du site puisse permettre d’avancer sérieusement une telle proposition, un rôle de redistribution de la matière première pour ce village qui est situé plus près des gisements naturels que la plupart des autres sites rubanés de Basse Alsace. 4.2 - L’OUTILLAGE OSSEUX Cette catégorie est représentée à Niedernai par 8 pièces qui proviennent toutes de la même structure et pour lesquelles, en s’appuyant sur les mêmes arguments que pour le matériel de mouture, une attribution au Néolithique ancien est l’hypothèse chronologique la plus probable. Elle est d’ailleurs tout à fait compatible avec les données typologiques, puisque les outils correspondent à des types communs dans les habitats de la Céramique Linéaire. On peut distinguer : 1 poinçon caractérisé par son extrémité pointue, 1 ciseau, 3 instruments à extrémité arrondie de type lissoirs dont les deux caractères principaux sont la minceur ( ils sont aménagés sur des baguettes plates ) et un poli très prononcé de l’extrémité distale, qui est d’ailleurs en l’occurrence la seule conservée, 1 fragment mésial d’un outil qui appartient probablement à la même catégorie, 2 fragments d’un andouiller en bois de cerf trouvés en connexion, mais dont la fracture semble le résultat d’un acte intentionnel. le fragment proximal a été évidé, ce qui permet de supposer qu’il était destiné à servir de manche à un outil en os ou en pierre, 1 osselet perforé de part en part sur l’un des côtés et qui présente une amorce de perforation sur l’autre. Des objets de ce type ont été découverts occasionnellement sur de nombreux sites préhistoriques mais leur fonction reste inconnue. 4.3 - LA CÉRAMIQUE Les éléments néolithique récent et protohistorique. Il s’agit d’un lot très restreint de 13 pièces associées aux tessons de la céramique linéaire. Les fragments correspondent bien sûr uniquement aux pièces bien identifiables; il est probable qu’une étude très poussée de la céramique non décorée permettrait d’agrandir ce petit corpus, mais une première évaluation laisse supposer que les proportions seraient comparables à celles de la céramique décorée pour laquelle, les éléments postérieurs au Néolithique ancien ont un poids très faible. Un premier ensemble de 5 tessons est attribuable sans discussion à la culture de Michelsberg. Il s’agit de 3 tessons de bords épaissis décorés de rangées d’impressions digitales, d’un fragment de plat à cuire qui porte également des impressions digitales sur la tranche et de 1 fragment de poignée de puisoir. Malgré sa faible représentativité statistique, cet ensemble peut néanmoins, sur la foi des caractéristiques technologiques et typologiques, être attribué à la première étape de la période récente de la culture de Michelsberg. Le second ensemble se compose de 8 pièces appartenant selon toute vraisemblance au Bronze Final, les éléments les plus typiques étant un tesson à décor cannelé, les deux bords et un fragment de “ chenet votif “. La culture à Céramique Linéaire. Ainsi que cela a déjà été souligné, on se trouve avec Niedernai en face de quatre structures dont la seule qui est chronologiquement homogène est aussi celle qui a livré le mobilier le plus pauvre. Les autres présentent au moins deux étapes de la Céramique Linéaire, et la structure qui a livré, et de loin, le matériel le plus abondant, affiche des tessons répartis dans toute la séquence rubanée de la Basse Alsace. Ce handicap est particulièrement gênant lorsqu’il s’agit de proposer un classement des formes non décorées. Les tessons sont dans leur écrasante majorité noir à gris-nois. Font exception simplement quelques individus ocres ou gris-clair qui, à Niedernai au moins, sont plus fréquents parmi les tessons attribués au style ancien. La céramique décorée est extrêmement abondante : 83 tessons. L’analyse des tessons de bord représentent un nombre minimal d’environ 90 vases décorés. Les tessons attribués au style Ancien présentent les traits caractéristiques de l’étape II des auteurs allemands ( Flomborner Stufe “ ). Le Rubané Moyen est peu présenté. Les éléments du style Récent présents à Niedernai sont bien représentatifs de la tendance générale en Basse Alsace l’éventail des motifs principaux se restreint à l’unique chevron appelé aussi parfois méandre anguleux. Pour ce qui est des techniques, on remarque une opposition très marquée entre la ligne incisée pour le décor principal et les impressions utilisées dans l’exécution des décors sous le bord et intermédiaires. Ces impressions sont toujours réalisées avec un poinçon à l’extrémité simple, ce qui constitue une différence essentielle avec la Haute Alsace, où le peigne à deux dents est couramment utilisé dans l’étape récente. Le style Final est caractérisé par une très nette régression de la ligne incisée au profit de la technique pointillée. Mais alors que dans la plupart des autres Siedlungskammer de la Céramique Linéaire cette évolution s’accompagne d’une généralisation de l’emploi du peigne, il n’en est rien en Basse Alsace : à Niedernai, l’usage du peigne n’a pu être identifié avec certitude sur aucun des tessons. La “ Céramique de la Hoguette “ Parmi les tessons décorés du Néolithique ancien découverts à Niedernai, il en est trois qu’il convient de classer à part. Ils appartiennent à une catégorie de céramique créée par Chr. Jeunesse ( 1986 ), la Céramique de la Hoguette “, qui, dans la plupart des cas, a été découverte associée à des tessons de la Céramique Linéaire, comme par exemple sur l’habitat rubané de Bischoffsheim. Considérés comme contemporains du Rubané, les tessons de la Céramique de la Hoguette s’en distinguent cependant nettement par l’organisation du décor, les techniques décoratives et la composition de la pâte; dans ce dernier domaine, le trait le plus frappant est l’utilisation d’os pilé dans le dégraissant. Le statut de cette Céramique par rapport à la culture à Céramique Linéaire suscite de nombreuses discussions. Actuellement, les chercheurs s’accordent pour admettre qu’elle n’a pas été fabriquée par les porteurs de la céramique rubanée. mais on est par contre loin de l’unanimité pour ce qui concerne son origine. Les deux hypothèses les plus souvent avancées sont d’une part une fabrication par les groupes de chasseurs-cueilleurs mésolithiques voisins des agriculteurs du Rubané et d’autre part une origine méridionale ( influence des cultures à céramique impressionnée ). 5 - DISCUSSION Bien que la portée des découvertes faites à Niedernai soit amoindrie par l’absence d’homogénéité chronologique, leur étude débouche néanmoins sur une série de points positifs dont l’intérêt est loin d’être négligeable : - repérage d’un nouveau site de l’étape finale du Rubané, assez faiblement représentée encore dans le Bas Rhin. A ce propos, il faut remarquer qu’à l’instar des autres sites de cet horizon ( Jeunesse, 1980 ), Niedernai est situé à la périphérie de la Siedlungskammer de Basse Alsace. - l’étude de cet ensemble final confirme la quasi absence des décors au peigne dans la Céramique Linéaire de Basse Alsace. Cette caractéristique constitue ‘ailleurs sa principale différence avec le Rubané de Haute Alsace, où l’emploi du peigne est fréquent dès l’étape récente et se développe largement à l’étape finale. - découverte de 3 nouveaux tessons de la Céramique de la Hoguette qui se distinguent de ceux repérés jusqu’ici par leur remarquable état de conservation, particulièrement propice à l’étude des techniques de décoration. Malheureusement, le site de Niedernai n’apporte rien de neuf dans le débat sur la position chronologique de la Hoguette “. A l’aide des mêmes arguments que ceux employés pour les matériels lithiques et osseux, on peut avancer comme la plus probable une association avec les étapes récentes et/ou finale du Rubané. - repérage d’un nouveau site néolithique et protohistorique qui pourra être pris en compte dans les programmes de prévention.
Quelquefois la surface poinçonnée est remplie d'une pâte blanche carbonatée calcaire faisant contraste avec le fond noir du tesson (Fig. 3, 12). La poterie grossière dite de cuisine, est de couleur grise, noire ou jaune-beige-rougeâtre. Quelquefois ces vases portent des mamelons (Fig. 3, 16) dont quelques-uns sont perforés. L'épaisseur moyenne de la paroi des vases grossiers est généralement de 15 mm. Comme pisé, j'ai pu retirer de la couche néolithique des morceaux rougis au feu portant des empreintes de graminées dans la masse et des empreintes de tiges rondes de 1 à 5 cm. de diamètre à leur surface. D'après les morceaux de pisé, l'épaisseur des parois de la construction est de 10 cm. au moins et elles sont lissées et plates. Le pisé rougi et les fragments de charbon de bois semblent indiquer que la cabane a été anéantie par le feu. Des fragments de coquilles d'eau douce probablement du genre Unio se trouvaient dans la couche néolithique. Un fragment d'os long façonné en lissoir (Fig. 3, 17), une partie basale travaillée avec commencement de perforation d'un andouiller de cerf (Fig. 3, 3) une partie d'une mâchoire de jeune cerf, des fragments et des éclats d'autres os de cerf et de bœuf (des os longs, des vertèbres, des omoplates, des côtes, des phalanges, des os crâniens, etc.) proviennent de ce fond de cabane néolithique se faisait donc à Niedernai à un emplacement judicieusement. II paraît donc que les hommes néolithiques de Niedernai pratiquaient l'élevage et allaient à la chasse. Avec des ossements d'animaux, ils fabriquaient des instruments. La partie de la meule et les fragments degraminées dans le pisé semblent indiquer la culture des céréales. Leurs constructions étaient érigées en bois et en pisé de lœss qu'ils trouvaient sur place. La proximité du ruisseau de l'Ehn leur permettait de se ravitailler en eau et la situation de l'habitat à plusieurs mètres au- dessus de la berge protégeait celui-ci des inondations. L'érection de la hutte néolithique se faisait donc à Niedernai à un emplacement judicieusement choisi.
Le Néolithique est une période de la Préhistoire marquée par de profondes mutations techniques et sociales, liées à l’adoption par les groupes humains d’une économie de production fondée sur l’agriculture et l’élevage, et impliquant le plus souvent une sédentérisation. Les principales innovations techniques sont la généralisation de l'outillage en pierre polie et de la poterie en céramique. Ces mutations sont telles que certains auteurs considèrent le Néolithique comme le début de la Protohistoire. Le terme « Protohistoire » renvoie à plusieurs notions distinctes : d'une part, il a un sens méthodologique et s'applique à des populations ne possédant pas elles-mêmes l’écriture, mais qui sont mentionnées par des textes émanant d’autres peuples contemporains ; d'autre part, il a un sens chronologique et désigne en Europe, Scandinavie et Asie centrale la période correspondant aux âges des métaux ( âge du bronze et âge du fer ). En outre, le sens du terme intègre aujourd'hui des paramètres économiques et sociaux et s'applique désormais aux populations ayant adopté une économie de production ).
1 - UNE FOUILLE DE SAUVETAGE C’est à l’occasion de la surveillance d’un chantier de construction d’un silo à céréales que M. Jacques Preiss a découvert, au début du mois de juillet 1986, un lot de tessons pré- et protohistoriques exhumés au cours des travaux. Aussitôt, il a alerté une équipe de la Direction des Antiquités Préhistoriques d’Alsace qui conduisait à ce moment un sauvetage programmé à quelques kilomètres de Niedernai. Les fondations du bâtiment principal du silo étaient déjà creusées; prenant la suite de M. Preiss, l’équipe de la DAPA a recueilli une série de vestiges ( meules et tessons de poterie ) sur les tas de déblais. La possibilité d’intervenir de façon plus active leur a été donnée par l’aménagement, à quelques mètres au nord de la fondation, d’une fosse de pesage. A la suite d’un accord amiable avec l’entreprise chargée des terrassements, l’équipe a pu explorer les quatre structures mises à jour lors du décapage superficiel : fouille systématique d’environ la moitié ( 21 m2 ) d’une structure et fouille de contrôle sur les trois autres structures. 2 - UNE IMPLANTATION EN REBORD DE TERRASSE Le chantier de construction se situe sur le territoire de la commune de Niedernai, sur la rive gauche de l’Ehn, à 200 m environ de la limite est de l’agglomération. Il a touché un site d’habitat établi, suivant un schéma classique en Alsace, sur le rebord d’une terrasse de lœss et à proximité immédiate d’un cours d’eau. Le cours de ce dernier ( Ehn ) semble d’ailleurs avoir subi des fluctuations, puisqu’une partie des vestiges découverts l’ont été dans les alluvions qui colmatent un ancien chenal. Les objets exhumés ont pu être attribués à trois périodes bien distinctes : le Néolithique ancien, auquel appartient la grande majorité des vestiges, le Néolithique récent et la Protohistoire.