LA LIBÉRATION DE NIEDERNAI EN 1944
RÉCIT DES ÉVÉNEMENTS DE L’HIVER 1944 TELS QUE LES A VÉCUS UN MEMBRE DE LA CLASSE 1929.
Le Général Leclerc qui préside une prise d’armes dans le parc du château de Niedernai
Libération 1944. Les Goumiers défilent à Niedernai
Source : Bulletin communal Niedernai - Textes : Eugène Welschinger et Charles Welschinger
Nous avions 15 ans en 1944 et au mois de novembre nous étions cinq de notre classe à être convoqués dans les casernes de Mutzig pour une formation militaire. Le soir du 21 novembre lors d’un Appell à 22 heures, on nous intima l’ordre de plier bagage et de nous présenter devant nos officiers qui nous expliquèrent que notre formation devait être interrompue et qu’elle reprendrait plus tard. On nous autorisa donc à rentrer dans nos foyers. Plus que contents, nous avons repris le chemin de Niedernai à pied, en pleine nuit. Strasbourg fut libérée le lendemain mercredi, mais à Niedernai il fallut attendre jusqu’à dimanche. Un dimanche riche en évènements. Réunis au restaurant A l’Etoile “, notre lieu de rendez-vous habituel, nous avons entendu vers la fin de l’après-midi des tirs de mitrailleuses venus de Krautergersheim. Un quart d’heure plus tard, une patrouille allemande entrait dans le village avec deux petites charrettes chargées de munitions tirées par deux chevaux dont l’un était blessé au pied. L’officier nous demanda si quelqu’un voulait de ce cheval, mais personne n’était intéressé, il amena le cheval donc le cheval au bord de la décharge il l’abbatit d’un coup de pistolet et l’animal roula au fond. Cela nous fit vraiment mal au cœur et plus d’un pensa si j’avais su .... “. Après l’incident, la patrouille allemande repartit en direction de Goxwiller. Vers 17 heures nous entendîmes les roulements des chars alliés venant de Krautergersheim et nous avons pu observer à un kilomètre du village ces chars dégager un barrage anti-chars dressé par les Allemands avec des rondins de bois et se diriger vers Niedernai. Nous fîmes de grands gestes de bras et arrivé à notre hauteur l’officier dans sa jeep nous demanda de le conduire à la mairie. Il eut alors une conversation avec Monsieur Eymann, notre instituteur, à laquelle nous n’avons rien compris, car pendant quatre ans et demi, nous n’avions plus entendu ou parlé de français. Au bout d’un quart-d’heure, la patrouille fit demi-tour en direction de Krautergersheim et durant la nuit les Allemands reprirent position dans le village. Le 27, c’est à dire le lendemain, nous avons été réveillés par des tirs de mitrailleuses et de fusils. Monsieur Oscar Fritz nous annonça dans la rue que nos libérateurs “ étaient là. A la hauteur de la maison Dillinger, une quinzaine de prisonniers allemands attendait qu’un camion les emmène au camp. Nous avons alors assisté à un défilé ininterrompu de chars, de GMC et de jeeps qui se dispersèrent en direction de Meistratzheim, Goxwiller, de la Loewert et Laendry. On ne voyait que des visages heureux parmi la population qui offrait aux libérateurs du vin et des gâteaux, alors qu’eux, nous proposaient des cigarettes, du chocolat et des boites alimentaires, pendant que du Laendry à l’Obermühle des batteries d’artillerie prenaient position. Ébahis par un tel déploiement de matériel nous pensions que la guerre était finie, mais c’était mal connaître l’ennemi. Tout d’un coup des obus sifflèrent au-dessus de nos têtes, des colonnes de fumée montèrent de partout et plusieurs obus tombèrent sur Niedernai. Les soldats français nous forcèrent à nous coucher par terre et nous conseillèrent de rentrer au plus vite. C’est alors que dans le quartier Loewert, plus spécialement devant l’actuelle maison Fritz-Scherer, un soldat américain fut mortellement blessé, d’autres plus légèrement, par des éclats d’obus. Des obus tombèrent encore pendant quelques jours que nous avons du passer dans les caves, Mais Niedernai était enfin libéré. Nous n’étions par pour autant au bout de nos peines, car le courant électrique n’était pas rétabli et durant l’hiver 44-45 il fallut nous éclairer à la bougie ou à la lampe à pétrole. La Libération prit enfin une tournure plus officielle avec l’arrivée du Général Leclerc, venu à Niedernai pour passer en revue ses troupes dans le château. A cette occasion à l’entrée du village, à la hauteur de l’actuel Monuments aux Morts, une grande pancarte fut mise en place avec le texte suivant, encadré par les drapeaux des quatre forces alliées : SOYEZ LES BIENVENUS, VIVE LES ALLIES, MERCI A NOS LIBÉRATEURS ...
Le 26 novembre 1944, à la tombée de la nuit, en contournant le barrage de troncs d’arbres établi par l’armée allemande côté nord du village, une patrouille de reconnaissance de la 2e DB est entrée dans le village jusqu’à la hauteur de la mairie pour repartir vers Obernai. Et c’est le lendemain, le 27 novembre 1944 que les troupes alliées avec un matériel impressionnant nous ont libérés de l’envahisseur en faisant une cinquantaine de prisonniers, dont quinze, rue des Hirondelles, dans le hangar de la batteuse de Monsieur Gyss Charles et une trentaine dans la rue Loewert qui se sont rendus sans résistance. Mais c’est vers le soir que la situation s’est aggravée, nous avons été obligés de nous terrer dans les caves car l’artillerie allemande a résisté par des tirs d’obus, dont une vingtaine est tombée autour du village. Un seul obus a atteint les maisons rue Loewert et fut fatal à un soldat américain. Les dégâts sur les lignes d’alimentation en électricité étaient très importants. C’est à partir de ce moment-là que nous n’avions plus d’électricité jusqu’en février 1945. C’est au mois de janvier que le Général Leclerc présidait une prise d’armes dans le parc du château de Niedernai avec remise de décorations aux soldats libérateurs de Strasbourg et de sa région. Cette période était pleine de joie et de bonheur. Toute la population a participé à ces évènements grandioses. Les enfants et les jeunes filles en costume alsacien faisaient honneur à leurs libérateurs en défilant dans le village à chaque maison flottaient les couleurs tricolores.
source : Ministère de la Guerre. Direction des Services de Presse. Mention obligatoire photo S.C.A. Bien que des Goumiers aient séjournés à Niedernai, je doute que la photo soit prise dans la localité car je ne reconnais pas l’arrière plan, mais je peux me tromper. Toujours est-il que cette photo est bien décrite comme telle au ministère de la défense.
QUELQUES    PHOTOS    D’ÉVÈNEMENTS    QUI    SE    SONT
DÉROULÉS      EN      39-45      DANS      LES      COMMUNES
VOISINNES DE NIEDERNAI. Le service photographique de l’Armée SCA-ECPAD met à disposition de nombreuses photos des différets conflits. Ci- après quelsques-unes des villages proches de Niedernai.
NORDHOUSE : un conducteur du RBFM de la 2e DB s’est assoupi dans sa jeep.
NORDHOUSE : le capitaine d’Alançon, officier du rensei- gnement et le lieutenant Chevalier du 12e RC de la 2e DB observent la carte devant le half-track radio «Le Centaure».
BLAESHEIM : novembre 1944, des éléments du détachement du GTV de la 2e DB. Au premier plan, le char Sherman «Cotentin II» du 12e RCA.
BLAESHEIM : novembre 1944, au premier plan, une automitrailleuse AM M8 du 31e escadron du 1er RMSM.
Près de HINDISHEIM : 25 novembre 1944, soldats de la 2e DB chaleureusement accueillis.
HINDISHEIM : 28 novembre 1944, la population libérée, par le sous-groupement Rouvillois de la 2e DB, accueille une jeep «Presse Cinéma» du SCA.
HINDISHEIM : novembre 1944, vin et fruits offerts aux éléments du 1er RMSM de la 2e DB.
HINDISHEIM : novembre 1944, lors de la libération, un motard du 3e RMSM de la 2e DB.
EHL ou SAND : entre le 7 et le 11 décembre 1944, Pierre Bourdan, journaliste de l’équipe Radio Londres, entouré de jeunes Alsaciens et de soldats de la 2e DB.
EHL ou SAND : novembre 1944, de jeunes Alsaciens sont portés en triomphe après avoir été interviewés par Pierre Jourdan.
ERSTEIN : décembre 1944, le Lieutenant-colonel Putz, commandant le 3e bataillon du RMT s’entretient avec un officier du 64e RADB lors de la progression entre Erstein et Sélestat.
BARR : mai 1945, des prisonniers français rapatriés, arrivés en gare de Barr, reçoivent un repas chaud offert par la population.
BARR : mai 1945, des prisonniers français rapatriés, arrivés en gare de Barr, accueillis chaleureusement par la population.
BARR : mai 1945, des prisonniers français rapatriés, arrivés en gare de Barr, accueillis chaleureusement par la population.
BARR : mai 1945, des femmes viennent apporter de la nourriture et un sourire aux prisonniers français rapatriés.
Mais n’oublions pas qu’à ces moments de joie se mêlaient également les douleurs et les larmes des mères et des familles dont un membre ne revenait plus de cette effroyable guerre.
Défilé dans la cour du château
Le Général Leclerc qui préside le défilé
Le général Leclerc
Les libérateurs (2e DB) de Niedernai en 1945 (collection privée Adam Martin)
Avec nos libérateurs. De gauche à droite : Germaine Ehrhart, Alphonsine Lotz/Riegler, Hélène Lutz/Gyss, Louise Weber/Knauss
Avec nos libérateurs
Avec nos libérateurs. A gauche : Hélène Lutz/Gyss, à la fenêtre : Émile Brunissen, à droite : Odile Brunissen