Les différentes dénominations de Niedernai dans le temps :
extrait carte historique de l’Alsace - 1648
Photos prises le 04 août 2012 à Sasbach ( près d’Achern )
Texte de la lettre patente de Louis XIV transférant le siège du Directoire de la Noblesse de Strasbourg à Niedernai
- PRAEDIUM ATHENIAM «Présent d’Athéna» ( 707/758 ) - EHHENHEIM ( 1114 ) - NIDDERE-HENHEIM ( 1163 ) - INFERIOR EHENHEIM ( 1279 ) - NIEDER-NEHENHEIM ( 1750 ) - UNTER EHENHEIM - UNTER EBENHEIM ( 1812 ) - NIDERNHEIM - NIDER-EHNHEIM - NIEDEREHNHEIM ( 1871 - 1919 ) - NIEDERNAY - NIEDERNAI
En sortant de Niedernai, du côté des montagnes, on se trouve sur la route départementale désignée sous le nom de Heerstrasse, nom qui semble indiquer que la route moderne parcourt la même direction qu'avait suivie l'ancienne voie militaire des Romains qui avaient fait de ce lieu un de leurs établissements. Des monnaies romaines et une brique portant le chiffre de la 8ème légion y ont été déterrées. Mais les Romains eux-mêmes durent trouver en ces lieux un centre de population qu'ils relièrent par la route militaire qui, partant d'Argentorat, allait joindre le penchant des montagnes et servait au transport de leurs troupes. Si l'on parcourt la forêt qui s'étend au sud- est du village, on rencontre trois tumuli.
Dès 706 , le domaine de Niedernai appartient aux bénédictins de Moyenmoutier ( Vosges ). La cour de Feldkirch fait partie des propriétés que l'abbaye de Moyenmoutier possède en Alsace. Vers 707 - 757 , l'abbé Regimbert fait construire une église sur le domaine de Niedernai. A cette époque, les Etichonides ( avec le duc Aldaric, Hetti ou Etichon ( vers 673-693) le duché d'Alsace passa aux mains de la famille des Etichonides, appelé ainsi du nom de leur ancêtre ) sont à leur apogée. En fait, Niedernai ou Ehenheim inférieur n’apparaît dans les titres qu’à partir du onzième siècle; mais, d’après toutes les apparences, la localité doit son origine au prieuré de Feldkirch dont la fondation est contemporaine de celle des abbayes de Hohenbourg et de Niedermunster, et qui devint l’église-mère du village. Ce prieuré lui- même doit son origine à l’abbaye lorraine de Moyenmoutier fondée dans les Vosges par saint Hidulphe et qui eut comme bienfaiteur le duc Aldaric, père de sainte Odile. L’ancienne chronique de Moyenmoutier rapporte, en effet, que du temps de l’abbé Regimbert, successeur de saint Hidulphe ( 707 ), une dame noble, nommée Theudelinde, ayant renoncé au monde du consentement de son époux Rupert, fit don à l’abbaye d’un bien considérable qu’elle possédait près d’Ehenheim ( honorabile praedium Ahenaim vocatum ), dans lequel l’abbé Regimbert construisit une église qu’il dédia à saint Maximin. Cette église fut appelée Feldkirch et elle devint l’église- mère de Niedernai. La bulle de saint Léon IX du 17 décembre 1050 est le premier document qui fasse mention de Niedernai, en citant un second Ehenheim ( Nieder - Ehnheim ) parmi les possessions de l’abbaye de Hohenbourg. Au douzième siècle, cette localité figure dans les titres de l’abbaye de Moyenmoutier, en raison du prieuré de Feldkirch qui était une dépendance de ce monastère. En vertu d’un diplôme de 1114, par lequel Henri V confirma cette abbaye dans ses possessions alsaciennes, il lui permit de nommer librement tel avoué ( advocatum vel custodem ) qui lui conviendrait pour ses domaines de Veltkiercheim ( Feldkirch ) et Hundenesheim ( Hindisheim ), à condition que cet avoué jouirait, à titre de bénéfice attaché à sa charge, de deux des dix manses de terre que l’abbaye possédait à Dutelheim ( Duttlenheim ). Dans ces mêmes endroits, d’après la teneur du diplôme, l’abbaye pouvait instituer et révoquer à son gré les maires ou métayers ( villicos ), les dizainiers ( un dizainier ou dizenier est le chef d’un quartier ou d’une structure administrative au Moyen Age, à la Renaissance et à l’époque moderne ) ou juges dits Zehndrichter ( decanos ), les décimateurs ( decimatores ) ( le décimateur était sous l’Ancien Régime, celui, individu ou communauté, qui avait le droit de lever la dîme, impôt en nature prélevé par l’Église sur les productions agricoles ) et les autres officiels ( coeterosque officiales ). Par contre, les religieux devaient desservir canoniquement l’église de saint Maximin de Veltkiercheim ( Feldkirch ) et celle de Hundenesheim ( Hindisheim ), comme aussi l’église de saint Aper à Hernigensheim ( Krautergersheim ) et la chapelle de la Vierge à Ehenheim ( Niedernai ). Plus tard, en 1140, le pape Innocent II confirma également ces dispositions, et dans sa bulle se retrouvent les mêmes domaines, à savoir la cour de Velchircha avec ses dépendances, l’église de saint Maximin avec la chapelle de la Vierge à Ehenheim. Vers la fin du siècle suivant, Niedernai fut entouré de murs par les nobles de Landsperg et figura dès lors comme ville pendant un certain espace de temps. A la même époque, les Landsperg firent don de cette localité, qui était leur propriété allodiale, à l’Église de Strasbourg, pour la recevoir d’elle à titre de fief oblat ( les fiefs oblats n’étaient pas connus en France et en Lorraine, ils n’étaient en usage qu’en Alsace et dans l’Empire. La nécessité des circonstances semblent les avoir introduits en Allemagne. Les séculiers moins puissants offraient au souverain leurs biens et héritages pour les tenir d’eux à titre de fiefs oblats ).
Le commencement du règne de Frédéric IV est marqué dans les annales de l’Alsace par la guerre dite des Armagnacs, qui laissa un long souvenir d’horreur parmi les populations de notre province. Déjà au siècle précédent les guerres de la France avec l’Angleterre avaient été fatales à l’Alsace, en y emmenant à deux reprises les bandes licenciées dites compagnies anglaises. Ces mêmes circonstances attirèrent au XVe siècle sur notre province deux invasions encore plus terribles que les précédentes. La première eut lieu en 1439. Le duc René de Lorraine, ayant pris à sa solde des troupes françaises licenciées par le roi Charles VII, ces troupes, au mépris de leurs engagements, ravagèrent la Lorraine et y commirent des cruautés inouïes. Ces dévastateurs se donnèrent eux-mêmes le titre d’écorcheurs ( Schinder ), plus tard ils s’appelèrent Armagnacs, en souvenir des routiers qui, peu de temps auparavant, avaient ravagé les environs de Paris, sous les ordres du comte d’Armagnac.. A la nouvelle qu’ils allaient se jeter aussi sur l’Alsace, les États de la province se réunirent au mois de février de l’année 1439 et conclurent une alliance défensive, à laquelle prirent part l’évêque Guillaume de Diest, les sires de Lichtenberg et tout l’ordre équestre, puis l’Unterlandvogt Reinhard de Niperg, avec les 10 villes impériales ( Haguenau, Colmar, Sélestat, Wissembourg, Obernai, Kaisersberg, Mulhouse, Munster, Turckheim et Rosheim ), et enfin, en dernier lieu, la ville de Strasbourg. Toutefois l’invasion s’étant faite par grandes masses, les membres de la ligue, comprenant bien vite leur insuffisance, ne songèrent plus qu’à leur propre sécurité individuelle. Vers la fin du même mois de février, les premiers Armagnacs entrèrent en Alsace par Saverne guidés par Jean de Fénétrange et d’autres nobles de la Westrasie, et après avoir ravagé les environs de Saverne et de Strasbourg, ils reprirent le chemin des Vosges, se dirigeant successivement sur Molsheim, Rosheim, Obernai, Barr et Andlau, et exerçant les plus horribles violences sur le habitants de la campagne. Ce fut alors que l’électeur palatin arriva à Rosheim avec trois cent chevaux, et quand les villes y eurent également envoyé leurs contingents, de sorte que le nombre des troupes confédérées monta à dix mille, les Armagnacs prirent le chemin de l’Alsace supérieure pour rentrer en France par le comté de Montbéliard. Cependant, cette première invasion n’était que le prélude d’une autre qui fut autrement désastreuse. Cette fois-ci ce fut l’empereur lui-même qui y donna occasion. Voulant faire rentrer de nouveau les Suisses sous la domination de la maison d’Autriche, Frédéric IV avait conclu une alliance avec le roi de France, Charles VII, en vertu de laquelle il accepta de lui le concours des troupes licenciées qui avaient combattu les Anglais. Ce fut au mois d’août 1444 que le dauphin de France, plus tard Louis XI, entra en campagne avec ces troupes; mais l’héroïsme que les Suisses déployèrent près de l’hôpital saint Jacques, non loin de Bâle, l’ayant décidé à laisser en paix ces terribles montagnards, il prit le parti de se jeter en Alsace, nourrissant le projet de faire la conquête de cette province. A la nouvelle du danger, les États d’Alsace songèrent de nouveau à conclure un traité d’alliance, quoique l’inefficacité de cette mesure leur fût déjà prouvée par l’invasion précédente. Les bases de ce traité furent fixées dans une assemblée qui se tint à Obernai le mardi après la fête de saint Adolphe ( 31 août ) et à laquelle prirent part l’Unterlandvogt, en qualité de délégué du comte palatin, les députés de la ville de Strasbourg et ceux des dix villes impériales d’Alsace. Mais au moment les États siégeaient à Obernai, l’Alsace supérieure était déjà envahie par les troupes du Dauphin, et quelques jours après ces troupes firent aussi leur entrée dans la Basse-Alsace. Barr fut attaqué en premier; le jour de la saint Michel ( 19 septembre ), une autre division, commandée par le sire Philippe de Jaloignes, s’intitulant le maréchal de France, et abondamment munie de matériel de siège, se porta sur Rosheim. Les chroniques de l’époque racontent avec quel singulier empressement les autorités de cette ville, terrifiées par les menaces du maréchal, ouvrirent les portes et prêtèrent le serment de fidélité au roi de France. Ces mêmes chroniques déplorent amèrement qu’une ville du saint Empire romain fut ainsi livrée à l’ennemi, à l’insu de la bourgeoisie et sans qu’elle eut opposé la moindre résistance. Après la reddition de Rosheim, les Armagnacs parvinrent aussi à obtenir par leurs menaces celle du château de Bischoffsheim et, six jours après, celle de la petite ville de Niedernai et de son château. Quand le Dauphin se trouva en possession d’un certain nombre de localités fortifiées, il y plaça des garnisons. Ses troupes, partagées en seize divisions formant un effectif de trente mille cavaliers, occupaient dès lors la province depuis Montbéliard jusqu’à quatre lieues au-dessous de Strasbourg.La garnison de Rosheim, composée des gens du maréchal de France, comptait quatre mille cavaliers; celle de Niedernai, forte de trois mille cavaliers, était commandée par le sire d’Orval, fils du comte Albret, auquel s’était joint le sire de Fénétrange, maréchal de Lorraine. C’est de ces divers quartiers que les Armagnacs firent alors ces excursions dévastatrices dont les chroniques contemporaines ont tracé des tableaux si effrayants. Pendant que les habitants des campagnes d’Alsace se trouvaient en proie à la cruauté de ces hordes infâmes, le temps se passait en négociations stériles entamées avec le Dauphin de France par l’empereur, les princes et les villes impériales. A la conférence de Worms succéda celle de Spire et, quand les princes qui prirent part à cette dernière, arrivèrent de Strasbourg pour se mettre en rapport avec le Dauphin, qui leur avait proposé une entrevue à Rosheim, celui-ci avait déjà quitté l’Alsace, désespérant d’en faire la conquête. Heureusement qu’à l’exception de Rosheim, toutes les places importantes s’étaient maintenues. Dans ces circonstances, on s’avisa de réduire l’ennemi dans une guerre de détail, en le harcelant sans relâche par de nombreuses sorties faites des villes et des châteaux forts. Les expéditions les plus remarquables de ce genre furent celles des Strasbourgeois; mais malheureusement ces expéditions étaient souvent aussi désastreuses que les dévastations ennemies. C’est ainsi que huit cent Armagnacs, sortis de leur quartier général de Rosheim, pour aller s’approvisionner à Geispolsheim, furent surpris par les Strasbourgeois qui avaient silencieusement occupé le château du village. La plupart furent tués et d’autres périrent dans l’incendie qui consuma la localité. Le vendredi après la fête de saint Martin, deux cent piétons partirent encore de Strasbourg pour déloger les Armagnacs de Niedernai; à cet effet, ils dirigèrent des flèches ardentes sur le faubourg qui fut totalement consumé, avec un grand nombre d’hommes, de chevaux et de provisions. D’autres localités subirent un sort analogue. Au mois de janvier de l’année suivante, deux mille Armagnacs, sortis de Rosheim pour chercher du fourrage à Blaesheim, furent surpris par un corps de cavalerie réuni par le Landvogt et la ville de Strasbourg; beaucoup d’entre eux furent tués et les autres poursuivis jusque sous les murs de Rosheim. Par contre, les Armagnacs de Rosheim allèrent aussi faire une expédition dans les domaines du sire de Lichtenberg. Ils rentrèrent à Rosheim traînant à leur suite deux cent prisonniers, parmi lesquels ceux qui ne pouvaient se racheter, furent tués sur le champ ou martyrisés à mort. Cependant l’heure de la délivrance approcha, et dans une dernière conférence tenue à Trèves entre les princes allemands et les conseillers du roi de France, conférence à laquelle le comte palatin Louis avait aussi convié les villes impériales, les longues négociations aboutirent enfin au résultat si ardemment désiré. Toutefois, avant de quitter le pays qu’ils avaient si horriblement maltraité, les bandes armagnaques cherchèrent encore à extorquer de grandes sommes d’argent à force de menaces. Dans les derniers jours de leur occupation, les Armagnacs de Rosheim pendirent encore devant cette ville trois de leurs prisonniers qui n’avaient pu se racheter. Le maréchal de France, qui commandait à Rosheim, fit aussi notifier aux bourgeois de Strasbourg qui possédaient des maisons dans cette ville, qu’ils eussent à payer une contribution de guerre, à moins de voir leurs maisons incendiées. Il somma aussi le sire de Landsperg de racheter la ville et le château de Niedernai; mais ni les uns ni les autres ne se laissèrent intimider par ces menaces, qui du reste ne furent pas mises à exécution. Le 13 mars 1445 eut lieu l’échange réciproque des prisonniers détenus à Rosheim et à Strasbourg, et, trois jours après, les Armagnacs se réunirent en corps pour effectuer leur départ. Ceux de Westhoffen vinrent rejoindre ceux de Rosheim et de Niedernai et, formant ensemble un effectif de huit mille cavaliers, ils se dirigèrent sur Blienschwiller, ils furent rejoints par d’autres détachements. On connaît la sanglante défaite que subit ce corps dans les défilés de la vallée de Lièvre. Quant au reste de l’armée, il entra en France par le comté de Montbéliard, marquant encore son chemin par d’affreuses dévastations. CONFÉDÉRÉS SUISSES à NIEDERNAI L’année 1587 fut féconde en calamités, car, vers la fin du mois de juin, l’Alsace inférieure devint le rendez-vous de nombreuses troupes tant françaises qu’allemandes, qui étaient enrôlées pour le compte du roi Henri de Navarre et qui y séjournèrent durant deux mois et furent rejointes en outre par une armée de confédérés suisses. Un colonel français occupait Bischoffsheim, le maréchal de camp des Suisses, Clérova, avait son quartier général à Niedernai; son frère, M. de Maleroi, s’était établi à Meistratzheim et un régiment bâlois occupait la seigneurie de Barr. Les États de la province jugèrent de pourvoir à la sureté des habitants de la campagne, en consentant, dans une assemblée tenue à Strasbourg le 11 juillet, à se charger eux-mêmes de l’approvisionnement des troupes. En conséquence, le magistrat d’Obernai entra en arrangement avec les sieurs Clérova et Maleroi, pour expédier à Niedernai huit mille miches de pain, huit pièces de bétail et cinq Fuder de vin. Néanmoins les contributions fournies à mainte reprise n’empêchèrent pas la dévastation des contrées occupées par les troupes navarroises; un grand nombre de villages fut réduit en cendres, tant par incurie que par malveillance. LA GUERRE DE TRENTE ANS C’est à cette époque que l’insurrection de Bohême, qui avait inauguré la guerre de Trente Ans, fut vaincue par les généraux de l’empereur; le roi improvisé de ce pays, l’électeur palatin Frédéric, dut prendre la fuite et ses États héréditaires furent occupés par une armée impériale. Mais ce triomphe coûta cher à l’Alsace. Les débris de l’armée insurrectionnelle, sous la conduite du célèbre aventurier comte Ernest de Mansfeld, vinrent se jeter dans le Palatinat et, après avoir été pourchassés par le général impérial, comte de Tilly, ils envahirent notre province. L’invasion du Palatinat avait répandu immédiatement une grande inquiétude en Alsace. Aussi, le 1er septembre 1621, il se tint à Haguenau, une assemblée des États d’Alsace. Mais la ville de Strasbourg s’étant déclarée neutre, et les autres États n’étant pas parvenus à s’entendre, la province resta exposée à l’invasion ennemie. On sait quelle consternation générale se répandit subitement en Alsace quand, le 6 décembre 1621, la ville de Haguenau tomba au pouvoir du comte de Mansfeld, après une courte résistance, et qu’elle devint le quartier général de son armée. Par contre, le comte de Mansfeld subit un échec complet sous les murs de Saverne, grâce à la résistance héroïque de cette ville, organisée par le comte de Salm, gouverneur de l’évêché. Forcé de se retirer, le comte de Mansfeld divisa alors ses troupes en petits corps qui parcoururent les domaines épiscopaux et autrichiens de l’Alsace, se livrant partout à d’horribles excès. Le 4 juillet, l’armée de Mansfeld parut sous les murs d’Obernai. Elle avait quitté Eckbolsheim pour ravager par le feu les villages épiscopaux situés entre Strasbourg et Molsheim, et s’était rendue à Niedernai où elle établit son quartier général, pour diriger de là ses opérations contre Obernai. Cette armée était formée de trois corps réunis du comte de Mansfeld, de l’électeur palatin Frédéric et du duc Chrétien de Brunswick, et se composait de dix huit régiments de piétons et de cent trente escadrons de cavalerie, constituant un effectif d’au delà de quarante mille hommes. Ottrott fut incendié alors que Niedernai avaient été mis en sureté des provisions considérables de denrées fut mis au pillage. OCCUPATION SUÉDOISE Le jour même de l’arrivée de l’infanterie suédoise à Strasbourg, le maréchal Horn fit sommer le magistrat de rendre la ville. Cette infanterie, commandée par le colonel Hubald et suivie de douze pièces de canon, avait traversé le pont de Kehl le 5 septembre, de grand matin, et était venue camper sous les murs de Strasbourg. Après un séjour de deux heures, pendant lequel elle célébra l’office du matin en assistant au sermon ( car c’était un dimanche ), elle se dirigea sur Niedernai elle passa la nuit. Le lendemain, il lui fut expédié de Strasbourg trois pièces de siège avec les accessoires et d’autres munitions de guerre, comme aussi de grandes provisions de vivres. Le même jour, le 6 septembre, l’armée vint investir Obernai. En 1642, en juillet, le duc de Lorraine arriva lui-même en Alsace avec un corps de troupes et prit ses quartiers à Molsheim, pour lever dans le voisinage des contributions de grains qu’il expédia à l’armée impériale. Le 20 août il vint camper à Niedernai et à Meistratzheim. Quand au commencement de l’année 1644, le vicomte de Turenne arriva en Alsace pour réorganiser une armée démoralisée, les environs d’Obernai furent également occupés par les troupes françaises. Au mois de juillet, l’armée française franchit le Rhin, sous la conduite de Turenne qui battit à mainte reprise le général impérial de Mercy, pendant que le général suédois Torstenson triomphait de l’armée du comte de Galas. Quand, à la fin du mois de juillet, le duc d’Enghien, appelé plus tard le grand Condé, arriva par Saverne avec un renfort de dix mille hommes, pour rejoindre Turenne à Fribourg, il passa avec ses troupes sous les murs d’Obernai. Plus tard, Turenne, de retour de sa campagne victorieuse, distribua ses troupes dans en Alsace et en Lorraine, où elles prirent leurs quartiers d’hiver et séjournèrent jusqu’au mois de mars 1645. Le village de Niedernai fut occupé par une compagnie du régiment français de Mazarin. A la fin du mois de février, le colonel de Rosen vint avec son régiment de dragons prendre ses quartiers dans la même localité et y séjourna jusqu’au mois de juillet. LA GUERRE DE LOUIS XIV AVEC L’EMPIRE C’est au mois de juillet 1674 que la rupture entre la France et l’Empire devint complète et que la guerre fut formellement déclarée. Le 4 octobre eut lieu la bataille d’Entzheim. Elle commença à sept heures du matin, par un temps froid et pluvieux; à une canonnade, qui dura deux heures, succéda un combat sanglant qui se prolongea pendant sept heures et ne se termina que vers le soir, sans amener un résultat définitif. Le maréchal de Turenne alla se retrancher dans les environs de Marlenheim, tandis que les impériaux transportèrent leur camp à Blaesheim. La contrée devint alors le théâtre de grandes dévastations : des villages entiers furent incendiés et d’autres complètement démolis par les impériaux qui en transportèrent les matériaux dans leur camp, pour construire des baraques. Au sein de l’armée impériale, s’étaient formés plusieurs corps de partisans qui, déjà avant la bataille d’Entzheim, avaient abandonné l’armée pour faire des expéditions de pillage. L’avant veille de la bataille, le 2 octobre, le château de Niedernai fut pillé une première fois. Les partisans soumirent le château de Niedernai à un second pillage et poussèrent l’effronterie jusqu’à maltraiter le lieutenant qui y avait été placé comme sauvegarde. Le quartier maître général d’Obernai vint au secours du château et réussit, non sans résistance, à s’emparer de plusieurs des coupables qu’il conduisit prisonniers à Obernai. Parmi eux se trouvait le chef de la bande : c’était un ancien quartier maître révoqué, qui appartenait à une famille distinguée. En raison de l’intercession de cette famille et de celle du magistrat d’Obernai, il obtint grâce de toute peine infamante, à condition de dédommager les victimes de ses déprédations. En juin 1675, le maréchal de Turenne passa le Rhin avec son armée et se trouva bientôt engagé dans une série de petits combats avec le général impérial Montecuculli, quand un boulet ennemi le tua à Sasbach le 27 juillet. L’armée française se vit forcée alors de repasser le Rhin pour rentrer en Alsace.
LES ARMAGNACS
Vainqueur à la bataille de Turckheim en janvier 1675 après une rude campagne d'hiver dans les Vosges, en Alsace et en Lorraine, Turenne s’oppose en juillet sur le Rhin au célèbre général impérial Montecuculli, et renouvelle ses savantes manœuvres de la brillante campagne de 1674. Après avoir empêché son adversaire de passer en Alsace, il l'entraîne à sa suite sur la rive droite du fleuve, se fortifie six semaines dans l'Ortenau, culbute l'ennemi le 15 juillet et s'apprête à l'attaquer à nouveau en pleine retraite avec la perspective d’un succès certain près de Sasbach dans le grand-duché de Bade. Le 27 juillet, à la pointe du jour, Turenne forme près de Sasbach son armée en bataille et envoie le jeune Saint- Hilaire reconnaître des positions favorables pour l’artillerie, que commande son père. Une fois ses dispositions prises il s’en montre satisfait et va s’asseoir au pied d’un arbre, sur lequel il fait monter un vieux soldat qu’il charge de lui signaler ce qu’il verra de l’ennemi. Apprenant peu après que Montecuculli fait filer ses bagages par la montagne, il juge que son adversaire s’apprête à se dérober et il écrit au Roi qu’il prend ses dispositions pour l’attaquer pendant ce mouvement. A deux heures de l’après-midi, la direction prise par une colonne ennemie confirme cette appréciation et Turenne qui avait ordonné à M. de Roze d’aller surveiller cette marche, est bientôt instamment prié par ce dernier de venir se rendre compte par lui-même de ce qui se passe. Turenne monte alors à cheval et gagne l’aile droite de son armée. « En chemin, raconte Saint-Hilaire qui l’accompagnait, il aperçut mon père, et vint à sa rencontre. Lorsqu’il l’eut joint, il lui demanda ce que c’était que cette colonne pour laquelle on le faisait venir. Mon père la lui montrait, quand malheureusement deux petites pièces tirèrent ; un des coups s’échappa, passant sur la croupe du cheval de mon père, lui emportant le bras gauche, le haut du col du cheval de mon frère, et frappa M. de Turenne au côté gauche. Il fit encore une vingtaine de pas sur son cheval et tomba mort. Ainsi finit ce grand homme… » Il avait soixante-quatre ans. On couvrit le corps du Maréchal d’un manteau et on le porta dans sa tente afin de tenir sa mort secrète. Mais l’armée Connut bientôt le coup qui l’avait frappée, et un transfuge alla l’annoncer à l’ennemi. Les soldats de Turenne irrités par les cris de joie et le bruit des musiques venues du camp adverse, voulaient venger leur chef et demandaient qu’on les menât au combat. Rien n’était prévu pour assurer le commandement en cas de malheur. Dans ce désarroi on décida de repasser le Rhin. L’arrière-garde, sous la conduite du comte de Lorges neveu de Turenne, soutint un combat acharné le 1er août près d'Altenheim. Montecuculli dut abandonner le champ de bataille y laissant deux mille des siens, un grand nombre de drapeaux, sept canons, et l’armée de Turenne libre de se retirer derrière le fleuve. Turenne avait été le plus grand tacticien de son siècle. Calme et impassible, maître de lui-même, n'abandonnant rien au hasard, il était avare du sang de ses soldats. Il calculait tous ses mouvements et déployait avant de combattre tout ce que l'art et l'expérience la plus consommée peuvent offrir de ressources. Il avait l'habileté stratégique qui prépare le succès et la prudence qui évite les revers. Montecuculli, son adversaire, s'était écrié le 26 juillet : " Il est mort aujourd'hui un homme qui faisait honneur à l'homme. ". Le Duc d'Aumale dira de Turenne : " Chez lui chaque jour marque un progrès; aucune leçon n'est perdue. La prudence était de son tempérame nt ; la réflexion lui donna l'audace. » Par suite de la retraite de l’armée française, le théâtre de la guerre se transporta de nouveau en Alsace. Le 7 août l’armée impériale passa le Rhin et se répandit dans la province. A son approche, l’armée française se retira à Chatenois, elle se retrancha pour attendre les renforts que le prince de Condé allait lui amener. Le général impérial de Montecuculli, de son côté, établit son camp sur l’éminence dite Gloeckelsberg près de Blaesheim; puis il chargea le général Werthmüller d’aller avec une division de quatre mille hommes, accompagnée de quelques pièces d’artillerie, déloger les Français qui occupaient encore les localités du voisinage. Ce général s’empara, sans éprouver beaucoup de résistance, de Molsheim, Mutzig, Obernai et Rosheim; il y fit prisonniers au delà de six cent français en même temps
Vers 1767, le cardinal Louis Constantin de Rohan fit ériger une pierre à l’endroit mourut Turenne ( texte en français, en allemand et en latin ). Entre 1782 et 1785, le cardinal Louis Édouard de Rohan ( neveu du précédent ), fit ériger un monument de 15,50 mètres de hauteur en l’honneur de Turenne. Les 26-27 septembre 1940, après la victoire des Allemands sur les
Français,les Natonalsozialisten détruisirent ce monument. Avec une partie des anciennes pierres et à la demande des troupes françaises d’occupation, le monument fut reconstruit et inauguré le 5 octobre 1945 par le général de Gaulle.
une grande quantité de vivres. Le 30 août, le général impérial Montecuculli, arriva à Niedernai et le surlendemain il établit son quartier général à Stotzheim. Le 6 septembre il quitta Stotzheim et se dirigea vers Obernai. A Meistratzheim, il reçut un grand renfort de troupes et de là, il se rendit, par Dachstein et Wasselonne, à Saverne, dont il commença le siège le 13 septembre, lorsqu’il reçut subitement l’ordre de quitter l’Alsace avec son armée. Après le départ de l’armée impériale, les français, que le prince de Condé plaça sous le commandement du baron de Montclar, occupèrent de nouveau toutes les places fortes de la province. Les premiers mois de l’année 1677 furent marquées par les dévastations exécutées sur les ordres du ministre Louvois, dans le but de rendre impossible aux impériaux le séjour dans la province. L’incendie fit des ravages à Haguenau et à Wissembourg et la mine fit sauter les fortifications de ces villes, comme aussi celles de plusieurs autres localités. Obernai resta préservée de ce malheur. Pendant ce temps la ville d’Obernai eut à fêter, le 25 février, la présence du baron de Montclar et du marquis de Rozier qui se trouvaient à Niedernai. Le 5 février 1679 fut signée la paix de Nimègue, laquelle procura un instant de repos à l’Alsace si éprouvée.
En 1681 , Louis XIV transféra le pouvoir exécutif ou Directoire de la noblesse, hors de la ville de Strasbourg qui n’est pas de notre obéissance au château de Niederehnheim, pour le bien de notre service, leur plus grande commodité et celle du public . Sûr de l’avoir à sa discrétion dans ce petit bourg isolé, il fit travailler le corps de la noblesse et ses représentants officiels par un de ses plus zélés serviteurs, le baron Frédéric de Wangen, qu’il avait fait nommer président à cette fin. Quand tout fut soigneusement préparé, l’intendant La Grange vint à Niedernai, le 12 mai 1681, pour faire une très expressive harangue, et leur raconter qu’aux conférences de Francfort, l’empereur venait de les céder pour vingt ans au roi, que néanmoins celui-ci leur confirmerait volontiers tous leurs privilèges, à la seule condition qu’ils prêtassent serment. Un régiment des dragons d’Asfeld campait,il est peu probable que ce fût par hasard, dans les prairies voisines. Nos gentilshommes se résignèrent à jurer fidélité. Sur la table on avait placé des plumes et du papier; chacun des membres présents dut inscrire sur un feuillet ses noms et prénoms; puis, quand le dossier fut complet, l’intendant les convia, de la façon la plus aimable, à un somptueux festin. Ils étaient au nombre de quatre vingt un, plus quelques abbés, détenteurs de fiefs, et les députés des comtes de Birckenfeld, de Hanau-Lichtenberg et de Linange ( seigneur d’outre-rhin ). Ceux qui avaient cru échapper à l’obligation du serment,en manquant au rendez-vous, furent forcés peu après de comparaître devant La Grange ou Montclar et de s’exécuter de même, à peine de forfaiture de leurs biens.
Peu de jour auparavant, on avait récompensé d’avance cet acte d’obéissance, sur lequel on comptait, en faisant signer à Louis XIV des lettres patentes autorisant le corps de Noblesse de la Basse Alsace à juger souverainement et en dernier ressort, pour toutes les affaires ne dépassant pas 250 livres. Ce n’est que pour des sommes plus élevées qu’il était loisible d’en appeler au Conseil souverain de Brisach. On livrait ainsi provisoirement et dans une certaine mesure les paysans à leurs seigneurs ou aux baillis seigneuriaux, dans les multiples petites querelles d’intérêt entre maîtres et sujets; mais c’était chose secondaire, en comparaison du grand résultat politique acquis par la soumission de toute la noblesse alsacienne. Quand Strasbourg eut à son tour reconnu la souveraineté du roi, le gouvernement ne tarda pas à délivrer le Directoire des inconvénients et des ennuis multiples que lui causait l’obligation de siéger au château de Niedernai, et par de nouvelles lettres patentes du 7 juillet 1682 , il le transféra derechef à Strasbourg, toujours en invoquant l a “ plus grande commodité du public “ , qu’on n’avait guère consulté dans toute cette affaire.
carte de 1731
HISTORIQUE de NIEDERNAI