à Niedernai le 16 octobre 1823, fils de Pierre Gross meunier et de Catherine Niderbihl, en la maison n° 238 - au moulin dit “ Schwablmühl “
Après avoir fréquenté l'école élémentaire à Marlenheim il avait suivi ses parents, il entra, en 1840, à l'Ecole normale de Strasbourg, alors sous la direction de Vivien, premier et dernier recteur de l'Académie de Colmar. A sa sortie de l'Ecole, il fut nommé instituteur-adjoint à Molsheim; il resta à ce poste de 1844 a 1846. A cette dernière date, son ancien directeur l'appela à l'Ecole normale de Colmar en qualité-de maître d'études et de secrétaire et se l'attacha ensuite comme secrétaire. Sa nouvelle position lui fournit l'occasion de faire la connaissance de l'excellent pédagogue, poète et compositeur Jean-Mougin, le futur principal du collège de Wissembourg, qui exerça la plus grande influence sur son éducation musicale ultérieure. En 1851, Gross fut nommé comptable et maître de musique à l'Ecole normale de Strasbourg. Pour se perfectionner dans l'art musical, il entreprit des voyages à Paris et en Allemagne, et, à son retour, mit à profit les connaissances et l'expérience qu'il y avait amassées, au bien des futurs éducateurs de la jeunesse alsacienne. Aussi, dès 1854, Gounod, le célèbre compositeur du Faust, chargé par le ministre de l'Instruction publique, Fortoul, d'inspecter l'Ecole normale du Bas- Rhin quant à l'enseignement musical, put-il féliciter Gross tant pour sa méthode que pour les résultats obtenus. En 1855, Gross publia la première partie de son Recueil de morceaux de chant à une, deux et trois voix à l'usage dès Ecoles normales et des écoles primaires.
Delcasso honora la mémoire du professeur à l'Ecole normale de Strasbourg en lisant une Notice sur Pierre Gross à la Société littéraire, dans la séance de mai 1867.
Messieurs, je ne connais pas de tribut plus facile à payer que l'hommage rendu à une existence modeste et utile. En vous racontant la carrière laborieuse de Pierre Gross, enlevé prématurément à notre compagnie, l'émotion que j'éprouve restera calme et sereine, comme fut son âme durant une vie trop courte et en présence d'une mort trop prévue. à Niedernai en 1823, il fit ses premières études à, Marlenheim, ses parents avaient transféré leur résidence, et fut admis en 1840 à l'école normale de Strasbourg. Il y reçut la forte et paternelle influence de M. Vivien, qui continuait et développait chez nous les traditions de Lezay-Marnésia. Sorti de ce noviciat en 1844, il débuta à Molsheim, en qualité d'instituteur adjoint, sous un maître capable et bienveillant, dont l'exemple, les leçons et l'amitié donnèrent une sage impulsion à son aptitude pédagogique. Cependant l'éminent directeur de l'école normale ne perdait pas de vue son jeune disciple, et, en 1846, il le fit venir près de lui avec le double titre de maître d'études et de commis aux écritures. Lorsque, deux ans après, M. Vivien fut promu au rectorat départemental de Colmar, il attacha à son cabinet cet auxiliaire intelligent, discret et dévoué.
Sources: Bulletin de la Société Littéraire de Strasbourg – 1868 / gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale numérisée CG67 – archives état civil. Dictionnaire de Bibliographie des Hommes Célèbres de l’Alsace depuis les temps reculés jusqu’à nos jours par Edouard Sitzmann – 1909 / Gallica bibliothèque numérique
GROSS  Pierre Maître de musique et  promoteur du chant d’école en Alsace
La seconde partie suivit en 1859. Dans l'espace de trois ans, quinze mille exemplaires furent enlevés. Ces mélodies, nées sur les deux rives du Rhin, dans les vallées de la Suisse, furent dès-lors redites sur les bords de la Moselle, de la Seine, de la Loire et de la Garonne, sur les monts de l'Auvergne ou des Pyrénées. Delcasso, doyen de la Faculté des lettres à Strasbourg, avait reproduit, à sa façon, par une imitation souvent assez éloignée, les petits poèmes allemands, empruntant aux textes originaux l'idée première, la couleur générale, mais non les détails, et encore moins l'expression qui devait, avant tout, être française et se fondre avec la mélodie et le rythme de l'air, Il mourut à Strasbourg le 8 avril 1867.
Recueil de chant de Delcasso Recteur L.P.É. Delcasso, 1856 Coll. Médiathèques de Strasbourg
Pendant les trois années qu'il passa dans le Haut-Rhin, Gross eut la bonne fortune de se lier avec le secrétaire de l'Académie, M. Jeanmougin, qui joignait à une culture littéraire très sérieuse une vocation prononcée pour l'éducation chrétienne de la jeunesse et un rare talent de composition musicale. Entre deux natures si bien associées, il s'établit de prime abord une intimité qui exerça sur toutes les aspirations de Gross une action décisive. Aussi, en 1851, rappelé à l'école normale dans une chaire de maître adjoint, y reparut-il avec une instruction plus variée et une plus sûre expérience. Ce fut alors que je le vis pour la première fois : il était chargé de l'enseignement musical et prêtait en même temps au directeur, pour la gestion économique, le concours de sou esprit exact, lucide et vigilant. La considération qu'il s'acquit comme comptable et comme professeur permit à l'administration académique de lui confier, dans des circonstances délicates, le gouvernement intérimaire de la maison, et le désigna plus lard à la municipalité pour les fonctions d'inspecteur du matériel des écoles. Des voyages à Paris et à l'étranger, entrepris en vue de ses études musicales et de sa mission éducatrice, la fréquentation des solennités chorales, des concerts, du théâtre et de plusieurs salons sérieux, l'avaient initié aux usages du monde et aux plaisirs de l'esprit, sans altérer en lui les graves principes de son éducation première, ses vertus de famille, le respect de ses vieux maîtres et son stoïcisme pratique, exempt de raideur et d'affectation. Lorsque, le 8 avril dernier, un mal incurable, contre lequel il luttait depuis son enfance, triompha des soins les plus tendres et de tous les efforts de la science, il vit approcher sa dernière heure avec une chrétienne sécurité, le sourire sur les lèvres, et ne témoignant qu'un seul regret, celui de n'avoir pu obtenir, pour prix d'une vie vouée à l'éducation populaire, le titre d'officier d'académie. «Son œuvre de prédilection fut l'enseignement de la musique religieuse et du chant choral. On sait que, dès 1811, l'illustre fondateur de notre école modèle, en traçant le programme de l'institution naissante, y avait compris tous les progrès à peine réalisés aujourd'hui dans les autres établissements du même ordre. Parmi les éléments de culture morale, Lezay-Marnésia, à l'exemple de Platon, donnait une large place à la musique. Fidèle à cette tradition et aux leçons de M. Laucher, son maître, Gross considérait ses fonctions comme un sacerdoce. Il n'oubliait jamais que ses élèves, futurs éducateurs de l'enfance, devraient aussi presque tous siéger à l'orgue et au lutrin, pour y coopérer aux solennités du culte. La mélodie, le rythme, l'harmonie étaient, dans sa haute appréciation, un langage épuré, destiné surtout à développer dans les âmes le sentiment du vrai, du bon et du divin. Il fit école, et quand Gounod vint, en 1854, par ordre du ministre, constater les résultats obtenus, le maestro se montra très-satisfait, conseilla à M. Fortout de choisir parmi nos élèves des maîtres pour les écoles de l'intérieur, et, de ce moment, honora Gross de sa bienveillante amitié. Les procédés de la méthode, encouragée par l'auteur de Faust, sont consignés dans un recueil de Chants scolaires, dont vous me permettrez de rappeler ici la formation. M. Rinn, recteur de l'Académie de Strasbourg, lors de sa première visite à l'école normale, fut charmé de l'exécution d'un certain nombre de chœurs; mais il regretta de n'entendre que des paroles allemandes et demanda pourquoi, dans une province française, les écoliers ne chanteraient pas des textes et des airs français. Le professeur répondit que nos chansons nationales, généralement faites pour être dites et accentuées avec esprit, plutôt que pour être modulées correctement et en mesure, ne pouvaient guère se coordonner avec les exigences d'un enseignement sévèrement gradué et progressif. Il fit observer, en outre, que nos mélodies populaires étaient souvent liées et comme identifiées avec des refrains grivois qui reviendraient à la mémoire des enfants de préférence aux textes moraux qu'on voudrait y substituer. Les chants allemands, au contraire, composés exprès pour les écoles, remplissaient, selon lui, toutes les conditions pédagogiques. Le recteur, frappé de la justesse de ces considérations, engagea un de ses amis à reproduire en français les données morales et poétiques des recueils scolaires d'outre- Rhin sous une forme adaptée à la musique allemande. L'entreprise n'était pas sans difficulté : il s'agissait d'imposer aux conceptions germaniques, parfois vagues et rêveuses, la précision du goût français, en tenant rigoureusement compte de la tonalité de la mesure. Grâce à l'accord parfait des deux collaborateurs, trois petits volumes, successivement publiés et répandus dans toute la France, accoutument les jeunes générations à la saine influence des douces mélodies, des gracieuses images, des sentiments purs et des nobles pensées. En tête de chaque partie Gross a exposé, dans trois introductions lumineuses, les principes et l'application de cet enseignement auquel le pays doit tant de bons maîtres. Que ce soit son testament, l'héritage légué par cet homme de bien à ses confrères, à ses élèves, à l'enfance, l'humble monument qui conservera dans nos villes et dans nos campagnes sa mémoire entourée d'un affectueux respect! Personne n'ignore, en effet, que la Suisse et l'Allemagne ont très longtemps devancé la France dans l'œuvre de l'éducation musicale scolaire et populaire. II était donc tout naturel que les Français se préoccupassent de profiler de l'expérience acquise par leurs voisins. C'est déjà ce qu'avait fait Wilhelm en empruntant certaines musiques à leurs recueils pour les adapter à des paroles françaises ; c'est ce que continuèrent ceux qui poursuivirent son œuvre au point de vue scolaire. C'est ainsi que, dans la ville française des bords du Rhin d'où, en 1792, était sortie, avec l'éclat que l'on sait, l'inspiration de la Marseillaise, Strasbourg, une adaptation analogue fut méthodiquement entreprise par deux hommes appartenant à la carrière de l'enseignement : Delcasso, recteur honoraire, et Gross, professeur de musique à l'école normale de la ville. Leur Recueil de morceaux de chant à l'usage des écoles normales et des écoles primaires, dont le premier volume parut en 1856 ( deux autres suivirent en 1859 et 1867 ), n'est en effet qu'un écho des chants allemands avec lesquels le voisinage avait permis aux auteurs de se familiariser : l'ouvrage se répandit dans les écoles de toute la France, où, pendant quelques années, l'on ne connut guère d'autre répertoire musical.