FELDKIRCH  (  Veltkiercheim 1114 )
extrait CARTE DE 1576 - Daniel Speckle
L'église de Feldkirch, située entre Obernai et Niedernai était un prieuré de Bénédictins, aujourd’hui disparu. Des titres de 1114, de 1140, de 1244, de 1258, de 1263, de 1292 et de 1332 prouvent l'importance de cette église, citée dans deux bulles papales, l'une d'Innocent III, l'autre de Jean XXII; dans un diplôme de l'empereur Henri V, et dans une investiture du duc de Lorraine Frédéric III qui en confia l'advocatie aux châtelains de Landsberg. Texte ci-après de François Kieffer - Sté d’Histoire et d’Archéologie de Dambach la Ville, Barr, Obernai - édition 1995. Des fouilles dirigées par M. Erwin Kern, archéologue et chercheur de la Direction des Antiquités Historiques, on été effectuées sur le chantier de la voie rapide du Piémont des Vosges. Elles concernent l’ancien couvent de Feldkirch.
Qu’en est-il exactement de ce couvent et quelle influence de ce lieu sur Niedernai et sa région ? Le lieu est habité depuis très longtemps et au moins 5 000 avant J.-C. puisqu’on a trouvé des poteries du Rubané et du Grossgartach avec des fonds de cabanes “. On y trouve également une bonne vingtaine de tumuli celtes. Les Romains ont occupé le lieu ( une tuile de la VIIIe légion a été trouvé à l’emplacement du château ) et les Mérovingiens y ont laissé un dépôt de forge ainsi que des tombes. Au début du VIe siècle, les missionnaires irlandais christianisent le pays ( parmi eux les Saints Colomban, Arbogast, Armand et Florent ). Pour connaître l’histoire de Feldkirch à Niedernai, nous sommes obligés de nous fier à l’histoire écrite en 1724 par l’abbé H. Belhomme du couvent bénédictin de Moyenmoutier près de Senones, dans la Principauté de Salm ( Historia Mediani Monasterii ). 707 - Une illustris madona “, femme d’origine noble, Theudelinda , épouse de Ricpertus, donna à l’abbé Regimbert de Moyenmoutier une propriété Praedium Ahenaim ( propriété sur l’Ehn ). C’est sur cette propriété que sera construit le couvent avec l’église de Feldkirch, placée sous le patronage de St Maximin qui était évêque de Trêves et qui mourut en odeur de sainteté à Moyenmoutier. ( ce couvent se trouvait à l’emplacement de la VRPV entre l’actuelle montée vers Obernai et la propriété Bingert-Heiligenstein ). Très vite cette église conventuelle devint Matrix Ecclesia c’est à dire Église Mère ( donc paroissiale pour les villages environnants soit Niedernai, Meistratzheim, Krautergersheim et même Hindisheim dont les habitants devaient obligatoirement venir à la messe dominicale en ce lieu ). Il advint très vite que les distances étaient trop grandes et l’on construisit des chapelles à Hundenesheim, à Hernisgersheim ( St Aper ) et à Niederehnheim ( Ste Marie ). L’abbé de Moyenmoutier garde toutefois le droit de patronage sur ces chapelles : il présente à l’évêque le postulant pour les services religieux dans ces villages qui y célèbrent la messe uniquement les jours de semaine. Il nomme également les administrateurs fermiers ( Villicus ), les exécuteurs de la dîme ( decanus ), et les autres mandataires ( decimatores et officiales ). 1114 - Un diplôme de l’empereur Henri IV mentionne la chapelle Ste Marie à Niedernai. Elle se trouvait sans doute ( mais nous n’avons aucune preuve ) à l’actuelle place du Château, selon un texte du Curé Schneider du XVIIIe siècle. 1140 - Le Pape Innocent II confirme les dispositions concernant l’organisation du culte et de l’administration Feldkirch par une Bulle. 1244 - Les sires de Landsperg ( l’orthographe Landsberg du XIXe siècle est incorrecte ) sans doute originaires de Souabe et venus en Alsace avec les Hohenstaufen deviennent les protecteurs ( advocatus ou avoués, en allemand Vogt ) du couvent et s’installent à Niedernai. 1258 - Un même contrat est signé entre l’abbé Jean et les “ viri nobiles “ ( hommes nobles ) G et E “ domini de Landesperc “. 1263 - Reprise du contrat entre l’abbé Alexandre et Conrad de Landesperg. 1274 - Eberhard, Conrad et Werner de Landesperg s’engagent à défendre les biens de Inferior Ehenheim et de Meistersheim “. Cet acte a été contresigné par Bertodus de Ehenheim ( Obernai ) et Cunradus de Valve ( Valff ). 1275 - L’abbé Alexandre conclut avec Conrad de Landsperg un accord pour la protection de Feldkirch ainsi que des cures de Hundenesheim et de Utratzheim en payant chaque année à la St Nicolas 10 livres strasbourgeoises ( Rheinische Thaler ). 1279 - Egelolf de Landsperg devient abbé de Feldkirch. 1283 - Frédéric, Duc de Lorraine revendique la protection des lieux. 1284 - Quatre jours avant Marie-Madeleine ( 18 juillet ) il y renonce en faveur de Ulric de Rapolstein ( Ribeaupierre ) et Conrad de Landesperch ( Landsperg ). 1294 - Conrad de Landsperg est confirmé dans sa fonction de protecteur du couvent advocatus ( cette fonction permet souvent une mainmise sur les biens ou sur certains droits et privilèges du couvent ). 1319 - Une personne noble Nobilis quidam fonde une prébende canoniale à Niedernai que l’évêque Bertold érige en fondation perpétuelle en 1340 . Le prêtre nommé peut lire les messes en semaine mais ne doit pas outrepasser les privilèges de la Matrix Ecclesia Feldkirch ( Prescriptions de Egelolf en 1279 ). En particulier, il ne peut percevoir les offrandes que les jours de St Laurent et de Ste Barbe. Une prébende est une source de revenus parfois importants. 1320 - Henri Arzot est nommé curé de cette chapelle de Niedernai par l’abbé Benzelinus et Gebehard, évêque de Fribourg en Brisgau. 1332 - Il y a sans doute eu des abus, car le couvent demande la réintégration des églises de Niedernai et de Hindisheim au couvent de Feldkirch à Jean XXII, ce qui fut accordé et contresigné par Berthold de Teck, évêque de Strasbourg. 1347 - Conflit entre Eberhard de Landsperg qui voulut installer comme curé de Niedernai Dietrich Waldleber de Heiligenstein et l’abbé Jean qui y nomma Ulrich von Sigenove. 1444 - Durant la guerre de Cent Ans, le couvent est investi par les Armagnacs commandé par Winter de Fénétrange ( Finstingen ), maréchal de Lorraine. 1525 - Le 17 avril, lundi de Pâques, le couvent est investi et dévasté par les paysans du groupe ou Haufen de Heiligenstein ( commandé par Clemenz Ziegler ) qui rejoignent la Bande de Molsheim de Érasme Gerber, tanneur à Molsheim et Georges Ittel Schultheiss de Rosheim, les moines se réfugient à Obernai. Après le 20 mai, où les paysans sont écrasés à Scherwiller par les troupes du Duc de Lorraine, Feldkirch panse ses plaies. 1572 - Les Sires de Landsperg envoient une lettre à l’évêque Jean IV de Manterscheid ils déclarent v ouloir embrasser la religion de la Réforme pour protester contre la vie scandaleuse des prébendiers de Niedernay “ . 1632 - Les suédois du général Horn investissent les lieux. 1636 - Nouvelle occupation par les confédérés français et suédois. 1670 - La chapelle de la Vierge de Niedernai, faute d’entretien, tombe en ruine. 1674 - Les Impériaux en lutte avec l’armée de Turenne, pillent le couvent le 2 décembre. 1741 - Une nouvelle chapelle dédiée à Ste Barbe est inaugurée à l’emplacement de l’école primaire actuelle, construite par Samson de Landsperg qui est revenu à la religion catholique. 1780 - Le curé Schneider, qui devint une sorte de héros sous la Révolution, est nommé curé de Niedernai. 1785 - 29 juin - Voici comment le curé Schneider a relaté l’incendie de Feldkirch : il y eu un énorme orage sur toute la région. Le soir vers 10 heures, la foudre s’abattit sur Feldkirch. En un rien l’église et le couvent furent en flammes. De l’église, il ne resta que les murs calcinés; même les cloches avaient fondu sous l’effet de la chaleur. Quelques objets précieux purent néanmoins être sauvés : Feldkirch possédait en effet des reliques de St Maximin dans une main en bois et des reliques de Ste Barbe dans une main argentée et une statue. Ces reliques ainsi que la statue furent transportées dans la chapelle Ste Barbe “. On ramena également au village le baptistère de 1683 qui se trouve actuellement dans l’église paroissiale. 1843 - Les ruines qui avaient subsisté jusqu’à ce jour furent utilisées comme carrière pour les nouvelles constructions, surtout à Niedernai. ( C’est ainsi que la pierre de l’autel se trouve aujourd’hui encore à l’ancien moulin Obermühle comme passerelle au-dessus de l’ancien canal d’amenée de l’eau ). Des boiseries du chœur avec des trophées de l’ancien et du nouveau testament se trouvaient au musée d’Obernai, selon le catalogue de Hans Haug. Les paysans ont toujours raconté qu’ils remontaient des pierres et des tuiles lors des labourages. Mais c’est tout ce que l’on savait à part deux dessins, hélas approximatifs, trouvés aux archives départementales du Bas- Rhin l’un concernant la route de Strasbourg à Epfig et l’autre les biens communaux du Bruch ( C476 de 1781 et C523 de 1760 ). A PROPOS DU CIMETIÈRE DE FELDKIRCH Dans la grande quantité de question qui ont été soulevées lors des fouilles de Feldkirch, il y a évidemment celle du cimetière. Il y avait un cimetière et une nécropole très importants qui servaient à tous les villages : Niedernai, Meistratzheim, Krautergersheim et Hindisheim qui relevaient de cette Matrix Ecclesia “. Mais c’est surtout la disposition des tombes qui a posé problème. Comment faut-il traduire le mot cimetière ? Kirchhof, Gottesacker ou Friedhof ? Il y a une explication toute simple les deux premiers mots relèvent du langage parlé local et qui est utilisé au nord de Strasbourg pour le premier, au sud pour le deuxième, le troisième étant le mot écrit en Hochdeutsch. Les sépultures se faisaient différemment selon les époques ou les régions : incinérations ou sépultures avec ou sans tertre ( tumulus ) dans des sarcophages ou des tombes à dalles ( comme à Feldkirch ). Tout va changer avec la christianisation de l’Europe au haut-moyen-âge. L’église est le siège du divin et le lieu de la prière . Ce lieu se trouve souvent à l’intérieur d’un manteau de protection matérialisé par un mur d’enceinte. Cela est évident pour des églises ou des couvents situés en dehors des agglomérations comme Feldkirch, Hohenbourg, Truttenhausen, St Gorgon et Andlau ou Altorf mais aussi dans les agglomérations comme Barr, Bourgheim, Meistratzheim ( chapelle St André ) ou Rosheim ( Sts Pierre et Paul ). Un chemin sacré mène à l’église à l’intérieur de cette enceinte et traverse le champ du repos éternel ( le Friedhof ) . Il permet aux fidèles qui viennent en procession de se préparer à entrer le chœur en paix dans l’église de Dieu. Cette marche symbolisait le passage de ce monde, vallée des larmes à cause du péché, au sanctuaire d’où vient le salut. C’est dans ce champ que les fidèles demandent à être enterrés pour reposer en terre bénie , d’abord le long du chemin puis sur le reste de la surface. Avec l’apparition de la féodalité les nobles seront enterrés dans les églises dans le caveau familial ou dans le chœur ( Baldenheim pour les Rathsamhausen ). Pour certains, et il semble que cela fut le cas à Feldkirch, du moins à voir cet énorme alignement de tombes, ils vont demander à être enterrés le long du mur gouttereau de l’église. on pensait que l’eau de pluie qui tombait sur le toit de l’église était de l’eau bénite, et, en touchant la tombe, elle la sanctifiait. Dans les villes, ces espaces se réduisaient de plus en plus. Le champ devenait simplement le parvis de l’église d’où partaient les processions. Celui-ci sera encombré par les marchés et les foires t c’est finalement juste encore le portail qui symbolisera ce passage du monde vers le céleste. Dans l’art roman, l’arc semi-circulaire qui surmonte le portail est déjà une représentation du ciel. On va le décorer, le sculpter pour illustrer l’enseignement de l’église. Comme le chemin sacré, ce seuil unit ou sépare : il mène dans le domaine de Dieu ou il exclut de ce domaine. Il doit refouler le mal et lutter contre l’influence du malin d’où la présence de gardians, de protecteurs, de veilleurs ou d’avertisseurs avec des préférences comme les lions ( Rosheim, Andlau, Ste Foy à Sélestat ), les arbres de vie et de mort ( Bourgheim, Mt Ste Odile ) ou Sts Pierre et Paul ( Andlau ). Mais ce seuil est aussi un lieu d’accueil avec la porte qui s’ouvre : c’est une invitation à entrer, à suivre le bon chemin pour obtenir le salut éternel ( Couronnement de la Vierge ). Souvent avec les portes à deux battants, seul celui de droite s’ouvre pour laisser le passage. En ce qui concerne Feldkirch, le jardin archéologique qui abrite quelques dalles de tombes et qui perpétue le nom du lieu se trouve aussi sur le côté droit de l’autoroute.
Itinéraire des routes et communications de la Province Alsace - Edition avant 1758 d’après les fonctions du marquis de Paulmy au ministère de la guerre. Source : Gallica (BnF) et https://lexilogos.com/alsace_carte.htm
Route menant de l’abbaye de FELDKIRCH à Obernai et d’Obernai à Klingenthal (Manufacture d’armes blanches).
(D’après les registres paroissiaux, la dernière inhumation au cimetière de Feldkirch serait celle de Joannes Uhlmann le 18 mars 1687)