LE COSTUME TRADITIONNEL - NIEDERNAI et Ailleurs
sources : B.C. Niedernai 1999 - Texte de Claude Ruscher
Parler de costume en Alsace, c’est entrouvrir les portes de l’Histoire et celles de nos belles armoires paysannes. Elles permettent à nos yeux charmés de découvrir la richesse, la variété des formes et des couleurs des costumes de chez nous, témoins de la vitalité créatrice du monde paysan, face aux impératifs de règlements sévères ou de l’évolution des modes citadines “. Ces paroles de Marguerite Doerflinger, une spécialiste s’il en fut, encouragent à parler du costume traditionnel de Niedernai, même s’il a disparu de nos belles armoires alsaciennes, même si les spécialistes contactés sont sceptiques et que les ouvrages de référence sont muets sur le sujet, à l’exception de “ L’Alsace Traditionaliste “ de Paul Kaufmann. il a été possible néanmoins de réunir un certain nombre de documents authentiques qui vont tous dans le même sens et permettent d’aboutir à quelques certitudes. Dans L”Alsace Traditionaliste publié en 1930, Paul Kaufmann représente sur la planche 16 une jeune fille de Niedernai en compagnie d’un jeune homme d’Oberseebach lui tendant un verre de vin ou de bière et d’une dame d’Obernai.
Le titre du commentaire mentionne bien Niedernai, mais dans son corps le commentaire ne parle plus que de deux personnes des environs d’Obernai. Les bonnets portés par ces deux jeunes personnes des environs d’Obernai - la ville ayant malheureusement abandonné le costume local - sont d’une forme assez originale et se portent très en arrière de la tête; ils sont en drap ou en velours frappé, avec bordures ou ornements dorés, ou encore brodés de velours noir. Les brides se nouent sous le menton. La personne à droite ( la Niedernoise : ndlr ) porte, fixé à l’endroit se nouent les brides, un long et large nœud de rubans aux couleurs vives. Sur la chemise à manches longues, avec poignées courts, est fixé une guimpe assez simple, bordée d’une broderie. Le corsage est attaché par des bretelles et bordé d’un large galon noir. Il se ferme sur le devant par des agrafes. La robe est doublée de toile blanche retroussée à dessein pour laisser voir le jupon de toile blanche, dont la bordure ou le feston s’orne dans le bas, d’un large large galon de passementerie dorée. Les bas sont en coton blanc, à dessins ajourés. Les souliers, sans boucles et sans lacets. Le bonnet de la jeune femme au milieu ( l’Obernoise : ndlr ) porte des brides en soie noire, nouées sous le menton, mais sans nœud de ruban. Au lieu d’une guimpe comme sa compagne, elle se revêt d’un châle de laine dont les pans retombent sur le devant du corsage noir. La robe est fixée au corsage et, comme la plupart des robes villageoises, s’attache sur le côté au moyen d’agrafes. On aperçoit également la richesse des dessins du jupon. Contrairement à sa compagne, qui porte un tablier de soie avec un ruban de couleur à la taille, cette jeune personne ne s’est entourée la taille que d’un ruban de soie de couleur vive sans tablier.
Onze jeunes Niedernoises ( Document 1 ) , dont dix ont pu être identifiées, posent devant le 241 de la rue Principale en compagnie d’élus locaux, les maires de Niedernai, Meistratzheim et Krautergersheim. La photo n’est pas datée, mais connaissant l’état civil des dix demoiselles et la date de prise de fonction du maire de Niedernai, Xavier Muller, on peut estimer qu’elle a du être faite vers 1910 - 1911. Toutes ces demoiselles portent le même costume local : nœud de rubans aux couleurs vives à la hauteur de la joue droite et dont les pans descendent jusqu’à mi-cuisse, voire plus bas. Ce nœud de rubans était fixé à la bride d’un bonnet porté très en arrière de la tête et appelé Saujmajekapp ( bonnet en forme d’estomac de porc ).
D’après P. Kaufmann, ces bonnets sont en drap ou en velours frappé, avec bordures ou ornements dorés, ou encore bordés de velours noir. Il ne faut donc pas les confondre avec les bonnets dorés supportant les dentelles en grand soleil “ sur les photos ci-après.
( Document 2 ) - Prise en photo dans un atelier, cette Niedernoise, identifiée elle aussi, porte le bonnet doré à grand soleil de dentelle, tel qu’il est encore porté à Meistratzheim. Il ne s’agit pas d’un emprunt, mais bien d’une coiffe authentiquement niedernoise, ce qui est confirmé par la photo ( Document 3 ) prise dans les années d’après-guerre, en 1919 sans doute, dans le parc du château de Niedernai ouvert exceptionnellement à la population locale lors des grandes fêtes religieuses, le 15 août notamment pour la procession de l’Assomption. De la comparaison des documents 1, 2 et 3, il ressort que les dimanches ordinaires les Niedernoises portaient le bonnet de drap ou de velours (Saujmajekapp) avec un nœud de rubans dur le côté droit, mais lors des grandes manifestations elles coiffaient le bonnet à grand soleil de dentelles (Sonnekapp). Le document 3 présente un intérêt tout particulier en ce sens que sur la droite de la photo pose une autre Niedernoise identifiée en costume traditionnel à grand nœud. La photo démontre, s’il en était besoin encore, que dans les années qui suivirent la guerre de 1914 - 1918, le costume local a été abandonné au profit du costume à grand nœud et ceci dans un réflexe patriotique, le grand nœud orné d’une cocarde tricolore étant devenu le symbole de la résistance de l’Alsace à l’occupant allemand. Le port du grand nœud s’est alors étendu à presque toute la province et ce phénomène s’est encore amplifié au lendemain de la Libération de 1944 - 14945, Hansi était passé par là.
Document 2
Document 3
Document 1
Document 4
Document 5
Document 6
La légende ne nous apprend rien ni sur les boutons - sont-ils en nacre ou en métal ? - ni sur les souliers. Visiblement ils sont plats et ne comportent ni boucles, ni lacets. Vu de face, le chapeau de feutre noir ressemble à un bicorne, mais à y regarder e plus près on distingue un chapeau à larges bords relevés à l’avant. Le bord arrière est remonté en pointe haute, à l’aide de cordelettes sans doute. Le plus étonnant est que la culotte soit en cuir, chose rare dans le costume traditionnel alsacien. On peut légitimement se poser la question qui est de savoir s’il s’agit d’un costume catholique ou protestant. En effet, le Riedhof était à l’origine une ferme construite extra-muros par des Anabaptistes d’où sa première appellation de Täuferhof “. Aujourd’hui il n’en subsiste que les fondations. D’après le recensement de 1836, le Riedhof ou Täuferhof était occupé à l’époque par la famille catholique des Neumann, dont les descendants sont installés aujourd’hui à Meistratzheim même. Force est d’admettre qu’il s’agit bien d’un costume catholique. Ce document est malheureusement le seul déniché à ce jour sur le costume local masculin. Sur tous les autres documents ces messieurs posent toujours en costume de ville, redingote et chapeau haut-de-forme. Une question essentielle demeure : Pour quelles raisons le costume local a-t-il disparu du paysage niedernois ? Après la première guerre mondiale il y a bien eu quelques tentatives de ressortir le costume local authentique, lors de représentations théâtrales surtout, mais l’évolution a été inexorable pour trois raisons.
Une première raison a déjà été évoquée plus haut : le costume traditionnel à grand nœud est devenu peu à peu et pour des raisons essentiellement patriotiques l’emblème de l’Alsace et s’est étendu à presque toute la province. Niedernai n’a fait que suivre l’évolution générale. La seconde raison est d’ordre religieux. Après 1918 il a été demandé aux Niedernoises de fournir les paillettes d’or et autres pierreries de leur bonnet pour la confection d’ornements sacerdotaux, d’une chasuble notamment qui fait toujours partie du patrimoine du Conseil de Fabrique. Cela s’est pratiqué aussi dans d’autres communes et les Niedernoises se sont exécutées sans doute de bon cœur. Il n’en reste pas moins que ce geste a provoqué la disparition des bonnets et surtout des bonnets dorés à grand soleil. On ne peut que le regretter. a troisième raison relève de la vie associative locale : il n’a jamais existé à Niedernai de groupe folklorique. Une telle association aurait sans doute pu maintenir les traditions locales ou du moins entreprendre des recherches sur le costume local et procéder à des reconstitutions à l’identique. En conclusion, il faut admettre qu’à Niedernai deux costumes traditionnels féminins ont coexisté jusque dans les années 1920 : celui à bonnet de drap ou de velours et à nœud de rubans porté les dimanches ordinaires et celui à bonnet doré à grand soleil de dentelle porté lors des grandes fêtes. Le premier costume étant également porté à Meistratzheim, on peut en déduire que dans les deux villages les deux costumes traditionnels étaient identiques. Quant au costume masculin on ne peut guère se fier qu’au seul document 6. Ces costumes sont malheureusement à ranger parmi les objets perdus de notre patrimoine local.
Dans Costumes et Coutumes d’Alsace d’Anselme Laugel et Charles Spindler, réédité en 1975, ce dernier représente une jeune fille et une femme des environs d’Obernai portant le bonnet doré à grand soleil. ( Document 5 ) - Le commentaire nous apprend que ce bonnet est formé par une coiffe en étoffe d’or ou d’argent, brodée de dessins, garnie de paillettes et affectant la forme générale d’un casque. Il était porté dans toute l’Alsace et nous le retrouvons jusque dans le Sundgau, mais, suivant les pays, il se distinguait par les dentelles qui le garnissaient. Aux environs d’Obernai, par exemple, ces dentelles étaient immenses, s’auréolant autour de la tête comme un nimbe; .... ( Document 6 ) - Il s’agit en fait d’un document de seconde main en ce sens que dans Costumes et Coutumes d’Alsace A. Laugel et Ch. Spindler reproduisent en noir et blanc un dessin en couleur réalisé en 1830 par M. Laurent - Atthurlin. La légende dit qu’il s’agit d’un paysan du Riedhof et que l’habit ( une redingote ) est vert, le gilet rouge, la culotte en cuir, les bas bleus et le chapeau en feutre noir. Ces indications ont permis de rehausser de couleurs ce document originellement en noir et blanc.
( Document 4 ) - Cette photo, prise en 1918, est d’autant plus intéressante que la jeune Niedernoise entourée des poilus de l’armée française est la même personne que celle qui porte le bonnet à grand soleil sur le document 3. Elle illustre donc bien cette tendance à troquer le costume local contre le costume à grand nœud du Nord-Ouest de Strasbourg.