On se rappelera 1918. L’abbé Joseph Zimmer; en rencontrant René Chambe, alors capitaine, se voit désolé de n’avoir pu sonner les cloches à leur entrée dans Niedernai, car il n’y en avait plus. (et pourtant, on sait que la petite cloche était encore bien présente, peut-être démontée ?) Les Allemands les ont emportées pour fondre des canons. Mais René Chambe se veut rassurant en promettant que des cloches françaises sonneront en liberté dans le clocher de Niedernai. En faisant paraître en 1922 un livret intitulé : «Pour que les cloches françaises chantent dans un clocher d’Alsace» accompagné d’un bulletin de souscription pour les cloches du village de Niedernai, la promesse a été tenue puisque en 1923, deux nouvelles cloches sont arrivées dans le village.
1923 - Prêts pour l'accueil des deux cloches (collection privée Martin Adam)
Dans la cour du château (collection privée Martin Adam)
1923 - L'arrivée des deux cloches dans la cour du château (collection privée Michel Waechter)
Dans la cour du château (collection privée Martin Adam)
Les deux cloches dans l'attente de leur bénédiction (collection privée Michel Waechter)
Il existait trois petites cloches qui servaient dans le Glockenturm pour la chapelle Ste Barbe. Elles pesaient respectivement 400, 310 et 124 kg. Elles étaient dédiées à Ste Barbe, Ste Odile et aux Sts Maximin et Marie Madeleine. Hélas, en mai 1917, les Allemands ont cherché les deux plus grandes ainsi qu’une soixantaine de tuyaux de l’orgue. Le 17 juin 1923, l’enfant du pays, Mgr Brunissen eut l’honneur de présider à la bénédiction de deux nouvelles cloches. La grande est consacrée au Sacré Cœur de Jésus, elle pèse 550 kg et sonne au sol dièse “. La petite, d’un poids de 285 kg, sonne le do en l’honneur de Ste Odile. Elles viennent toutes deux de la fonderie Causart de Colmar et rejoignent la petite, fondue en 1846 par Edel de Strasbourg et qui sonne le dièse “. A noter que la petite cloche est la propriété de la commune et les deux autres appartiennent à la paroisse. Sur la petite cloche (124 kg), on peut lire : - parrain : Maire, Max Baron de Reinach, marraine : Walburge de Reinach née Landsberg, adjoint : Louis Bassnagel, - curé : Jean Baptiste Bourg, - Niedernai année 1843. Sur la cloche moyenne (285 kg) , on peut lire : - Odile, Jacqueline (ndlr : les deux filles aînées) Suzanne Chambe (épouse du capitaine René Chambe, libérateur de Niedernai le 18.11.1918), - évêque : Charles Ruch, - curé : Joseph Zimmer, - marraine : Albertine Riegler née Hess, - parrain : Alfred Lutz, - maire : Antoine Schroeder, - Sainte Odile Patronne de l’Alsace protégez nous. Sur la grande cloche (550 kg) , on peut lite : - paroisse de Niedernai, don du capitaine aviateur René Chambe de Lyon, - parrain : François Xavier Lutz, - marraine : De Reinach Werth née Catherine Baillou de la Brosse, - pape : Pie XI, - curé : Joseph Zimmer, - Cœur Sacré de Jésus j’ai confiance en vous.
Les cloches de l’église St Maximin de Niedernai
Livret de 1922 de René Chambe
M. Emmanuel de Vachon d’Agier m’a transmis une copie de ce livret dont voici un extrait : …………..Aujourd’hui, trois années sont passées. Le jour de parler des cloches de Niedernai est maintenant venu. Lors des recherches entreprises par les Commissions de Réparations, en Allemagne,un certain nombre de cloches, bien peu,infiniment peu, ont été retrouvées à Francfort sur le Mein. Cloches ravies à de pauvres paroisses françaises, lorraines ou alsaciennes. Beaucoup ne le furent et ne le seront jamais. Tel est le cas de celles de Niedernai. Là-bas, le clocher est toujours muet. Sa voix ne monte plus aux pentes de Sainte Odile. Les officiers français se souviennent. Ils veulent tenir la promesse faite au nom de la France. Ils ont pensé que leurs compatriotes auraient sans doute à coeur de s’associer à cette idée et accepteraient d’aider le petit village de Niedernai, à l’âme si indestructiblement française, à remplacer ses cloches. Ils ont écrit bien souvent au vieux curé, l’abbé Zimmer. Ils sont restés en rapport avec lui et lui ont répété que, puisque l’espoir de retrouver les deux cloches de Niedernai, en Allemagne, était définitivement perdu, la paroisse pouvait toujours compter sur la générosité française. Mais, comme toutes chose, les cloches coûtent cher. Le fondeur de Colmar a établi son devis pour le remplacement des deux cloches de Niedernai, leur transport, la construction de l’échafaudage nécessaire à leur mise en place, etc …. La somme est grosse : environ douze mille francs (1). A lui seul, le chiffre explique suffisamment la raison pour laquelle, pendant de longues années encore, bien des clochers d’Alsace demeureront sans voix. Le curé, à force d’aumônes, de dons, de sacrifices de la part des pauvres villageois de Niedernai espère arriver à la moitié de la somme ….. peut-être. Ce n’est pas sûr. Il reste à trouver six mille francs, au moins. Davantage ferait mieux encore. Et, dans ce but, nous avons pensé à ouvrir la présente souscription. Les noms de tous les donateurs figureront sur un Livre d’Or. Ce Livre d’Or sera conservé à la sacristie de l’église de Niedernai. Et, plus tard, lors de leurs voyages ou de leurs excursions dans cette chère Alsace reconquise, les bienfaiteurs des cloches pourront pénétrer dans le sanctuaire du village, se nommer, trouver leurs noms sur le livre toujours ouvert.
De la part de tous les habitants, tous si catholiques, si profondément pratiquants, nous les assurons d’un accueil dont eux-mêmes garderont longtemps le souvenir. A ce souvenir, se mêlera celui, plus rare, d’une belle action réalisée. Le curé aux cheveux blancs, attend là-bas, dans son presbytère au pied des Vosges, l’annonce d’une bonne nouvelle. Avec lui, tout le village attend. Confiants en la légendaire générosité française, ils savent qu’au printemps prochain, quand fleuriront les vieux cerisiers d’Alsace, des cloches frabçaises chanteront, pour la première fois deouis tant d’années, en liberté dans leur clocher. Ces cloches, c’est vous qui les leur aurez données………R.C. Capitaine Aviateur.
Le livre d’or des donateurs ne faisant pas partie de la paroisse
La facture des deux cloches
(1) En définitive, la facture sera de 10 470,10 francs (1 096 985,13 euros)