Monseigneur ( Jean ) Joseph BRUNISSEN
Monseigneur Joseph BRUNISSEN Protonotaire Apostolique Directeur du Mont Ste Odile 1923 - 1953 Photo collection F. Gauckler
Livre édité en mémoire des 30 années de direction du Mont Ste Odile par le Monseigneur Joseph BRUNISSEN Collection F. Gauckler
Source : Le Mont Ste Odile un siècle d’histoire 1853 - 1953
Il est à Niederehnheim ( Niedernai ) le 13 novembre 1884. Ordonné prêtre en 1910, Maître d’études à Zillisheim, Vicaire à St Pierre le Jeune à Strasbourg, Monseigneur Ruch lui confia, en 1919, la charge de secrétaire de l’évêché, et en 1923 celle de directeur du Mont Ste Odile. Il est décédé le 25 juillet 1953 à Strasbourg, le jour même du 43e anniversaire de son ordination sacerdotale. Créateur de l’Adoration Perpétuelle. Une des plus belles œuvres créées sous Mgr Brunissen est sans aucun doute l’œuvre de l’Adoration Perpétuelle. Elle est sortie du Mouvement de l’Apostolat Eucharistique des Hommes et Jeunes Gens. Dès 1920, et dès avant, à la suite des décrets de Pie X, cet Apostolat tendait à s’introduire de plus en plus dans le diocèse, et le jeune Directeur du Mont Ste Odile en était un des plus zélés animateurs. Il allait souvent faire des Conférences aux hommes réunis dans leurs paroisses ou dans les doyennés.
Parfois les hommes venaient à lui au Mont Ste Odile, et il n’y eut pas seulement une conférence, mais une veillée de prière devant le Saint Sacrement, les hommes se relayaient pour la prière durant toute la nuit. Des veillées nocturnes, on passait aux journées d’adoration, puis à la semaine d’adoration. L’idée d’une Adoration perpétuelle naissait lentement mais on la repoussait comme trop illusoire. On commençait cependant par faire un essai de 6 semaines en 1929, un autre essai analogue l’année suivante, et en 1931, la Semaine d’Octave de Ste Odile en juillet fut le point de départ définitif de l’Adoration perpétuelle. Même aux années pénibles de la guerre 1919 - 1945, il y a toujours eu assez d’hommes pour assurer le service de la prière. Semaine après semaine, les groupes au nombre de 14 - 20 Adorateurs se relaient, recrutés par contons, ou par paroisses ou par groupes professionnels, et passent une semaine entière au sanctuaire de Ste Odile. Au service de la prière se joint un programme d’instruction, par des conférences que font les prêtres chargés du pèlérinage, et les hommes vivent ainsi au long d’une semaine une cure de repos et de détente physique, en même temps qu’un bain de régénération spirituelle par la prière et la formation chrétienne. Dès les premières années, le recrutement des Adorateurs se fit sans la moindre difficulté. Il y eut bientôt plus de candidats que de places disponibles. C’est alors qu’on songeait à grouper ceux qu’on ne pouvait recevoir pour toute une semaine, en vue d’organiser pour eux des retraites. M. l’abbé Bannwarth, alors vicaire de Mgr Brunissen, a été durant plusieurs années l’âme d’un mouvement naissant de retraites d’hommes ou de jeunes gens au Mont Ste Odile.
Dernière photo de Mgr Joseph BRUNISSEN moins de 3 semaines avant son décès en 1953, avec une petite réfugiée autrichienne.
L’astuce « arrosée » de Joseph Brunissen Plusieurs fois, le directeur du Mont Sainte-Odile a tenu tête à des émissaires nazis. En 1923, quand Mgr Ruch a annoncé à l’Abbé Brunissen qu’il lui confiait la direction du Mont Sainte-Odile, l’intéressé n’en a pas été très ravi. Il a répondu à l’évêque qu’il n’était pas « devenu prêtre pour diriger une ferme et un hôtel », car, à l’époque, le site comportait effectivement, comme depuis le Moyen Age, une exploitation agricole. Néanmoins, il a exercé sa fonction avec maestria et humilité pendant trente ans. Il a profondément et durablement marqué le Mont Sainte-Odile. D’une part dans son aspect, avec les transformations dues à l’architecte Danis. D’autre part dans le domaine religieux, puisqu’on lui doit les débuts de l’Adoration Perpétuelle, pour laquelle des personnes de tout le diocèse se relaient là-haut à longueur de jours et de nuits. Il est nommé chanoine en 1929. La boisson fait mollir le baron En 1939, bien que la situation du couvent ne s’y prête pas, Mgr Ruch, « l’évêque-soldat », le met à la disposition de l’armée pour y installer un hôpital militaire. Quand on l’évacue, l’année suivante, Joseph Brunissen estime que son devoir à lui est de rester à son poste. Première alerte en juin. Braquant un pistolet sur le directeur, un énergumène en chemise blanche et culotte noire, tenue fréquente chez les nazis, lui assène : « Je me déclare maître de cette maison, je suis officier allemand ». Pas impressionné du tout, le chanoine se débarrasse assez vite de l’importun. Au bout de quelques jours, c’est plus sérieux : une escouade de soldats vient fouiller le couvent, pensant y trouver des Français camouflés. Joseph Brunissen, avec autorité, obtient qu’ils laissent leurs armes dans la cour. Encore plus sérieux, un peu plus tard : des médecins militaires, dont l’arrogant baron von Stein, débarquent pour réquisitionner le Mont comme lazaret. Le directeur leur oppose la loi selon laquelle les bâtiments réquisitionnés « ne doivent pas être dépouillés de leur caractère original ». Et, là, on est dans un pèlerinage ! Oui, mais le baron veut visiter, pour vérifier. Il admet que la salle des Pèlerins est un espace religieux demi-vérité. Mais, dans la salle Saint-Léger, on n’a pas encore enlevé les lits des soldats français ! Et puis, il y a les chambres de l’hôtellerie… Joseph Brunissen trouve une curieuse solution : il invite le baron à discuter autour d’un verre de vin. Von Stein demande d’abord un peu de bière. Généreux, le directeur fait défiler les canettes, auxquelles succède du vin en quantité plus que respectable. La boisson fait mollir le baron, qui s’en va ravi de son hôte et ne reviendra plus. Pour faire tourner court le projet de transformer le pèlerinage en haut-lieu nazi, le chanoine est soutenu par l’ancien député autonomiste Rossé et par le père du médecin personnel de Hitler, qui vit en Alsace. Joseph Brunissen se sera dépensé pendant toute la guerre pour éviter, autant que possible, une mainmise nazie sur le Mont Sainte-Odile.
Article paru dans les DNA le 10 juin 2015 - Marie Thérèse Fischer